Au fil des gestes et du temps : les métiers d’autrefois, mémoire vivante de Flines-lez-Mortagne

04/03/2026

La pierre et l’argile : fondations de notre village

À l’orée du village, les bâtiments anciens murmurent encore le nom des tailleurs de pierre. L’histoire de Flines-lez-Mortagne est intimement liée à la richesse de ses sols : marne, craie, argile – des trésors cachés sous nos pieds. Dès le Moyen Âge, les carrières locales fournissaient les pierres qui allaient bâtir maisons, églises et ponts. Il n’est pas rare, lors d’une promenade, de tomber sur une borne milliaire ou une pierre gravée, vestige des siècles passés (Source : Archives départementales du Nord).

  • Bâtisseurs de la Scarpe : Les carriers et tailleurs de pierre travaillaient à la main, prélevant d’énormes blocs pour édifier le patrimoine communal.
  • Briqueteries familiales : Jusqu’au début du XXe siècle, plusieurs familles de Flines extrayaient l’argile puis la cuisaient dans des fours rudimentaires. Les briques locales, reconnaissables à leur teinte chaude, sont un point commun à de nombreuses bâtisses.

Tendez l’oreille les soirs d’automne, devant la vieille église Saint-Martin : on dit que les tailleurs de jadis travaillaient parfois à la lumière vacillante d’une lanterne, chantant des airs oubliés pour se donner du courage.

De la terre à la table : agriculture, maraîchage et élevage

À Flines-lez-Mortagne, chaque haie, chaque chemin de remembrement, parle de générations de paysans attachés à leur terre. Le paysage si caractéristique – bocages, pâtures, champs de betteraves – n’est pas seulement le fruit de la nature, mais celui d’un labeur patient et créatif.

  • La polyculture traditionnelle : Blé, orge, pomme de terre, mais aussi lin et pois : la variété des cultures au fil de l’année assurait la subsistance des familles et l’équilibre des sols.
  • Les éleveurs locaux : Vaches laitières, chevaux de trait, moutons : l’élevage rythmait la vie du village. Les foires – il en reste encore quelques traces dans la mémoire des plus anciens – étaient l’occasion d’échanger bêtes, outils, et nouvelles du pays.
  • Le maraîchage de la Scarpe : Les terres humides en bordure de la rivière accueillaient de petits jardins travaillés à la main, riches en légumes pour la consommation locale.

Les archives du XIXe siècle révèlent que la commune comptait alors près de 90 exploitations agricoles, pour moins de 1100 habitants – presque chaque famille vivait, d’une façon ou d’une autre, des produits de la terre (Source : Monographie communale, INSEE, 1896).

L’eau, fil conducteur des savoir-faire flinois

Impossible d’évoquer Flines-lez-Mortagne sans parler de la Scarpe, ce ruban d’eau qui serpente au cœur du village. Elle fut autrefois l’artère principale d’un monde de petits métiers aujourd’hui pour la plupart disparus.

  • Les pêcheurs de rivière : Anguilles, brochets et brèmes abondaient. Les techniques de pêche étaient souvent jalousement gardées, transmises de père en fils ou lors de grandes sorties collectives. Parfois, le poisson pêché le matin finissait sur les étals du marché d’Orchies dans la journée.
  • Les mariniers : Ajoutez à cela le ballet des péniches transportant briques, charbon ou céréales depuis la Flandre toute proche : la Scarpe était une voie ouverte sur le monde, un lieu d’échanges presque aussi fréquenté que les routes.
  • Le blanchissage du linge : Longtemps, les berges servaient d’espace commun aux lavandières. On se retrouve, munis des battoirs de bois, et l’on échange nouvelles, recettes, rires sous le soleil d’été.

Aujourd’hui, de nombreux chemins de randonnées passent par ces anciens “lavoirs”, dont quelques dalles subsistent encore si l’on sait où regarder. Lors d’une promenade au printemps, prenez le petit chemin de halage : il n’est pas rare d’y croiser hérons, canards et souvenirs de ce passé laborieux.

Artisanat du quotidien : des mains habiles et inventives

Dans les rues aux noms évocateurs (“rue du Cordonnier”, “rue des Tisserands”), on retrouve la trace d’un artisanat aujourd’hui révolu, mais dont l’empreinte est partout. La vie de Flines-lez-Mortagne n’a jamais été faite que d’agriculture : le village fourmillait d’ateliers et d’échoppes.

  • Vanniers et osiericulture : Les sols humides et la présence de l’eau favorisaient la pousse de l’osier, travaillé ensuite pour en faire paniers, nasses ou corbeilles. Jusqu’en 1950, plusieurs familles se revendiquaient du métier de vannier (Source : Mémoire orale, témoignages recueillis en mairie).
  • Forgerons : Indispensables au village, ils réparaient outils, cerclaient roues de charrettes, et savaient même, pour certains, ferrer les chevaux. L’odeur du charbon et le tintement du marteau étaient familiers jusque dans les années 1960.
  • La boulangerie et la pâtisserie : Les maisons troglodytes le long des coteaux abritaient parfois encore de vieux fours à pain en pierre. Le pain flinois, à base de blé local, faisait la fierté du village.
  • L’horloger du village : Un atelier discret, parfois partagé avec un colporteur, réparait les montres et horloges – précieux repères dans une vie rythmée par les cycles naturels plus que par le temps mécanique.

Il existe encore, au détour d’un grenier ou d’un vide-maison, des outils d’autrefois. Chaque objet porte la marque d’une adaptation subtile au terrain, au vent, aux coutumes locales.

L’esprit du collectif et des fêtes de village

Plus qu’une addition de métiers, Flines-lez-Mortagne s’est toujours distingué par l’importance de la vie collective. Les anciens métiers structuraient le temps des hommes et des femmes, mais aussi les grands rendez-vous de la communauté :

  • Fêtes de la moisson : Les moissons donnaient lieu à des bals, des repas partagés, et à la confection des “couronnes” de blé pour honorer les meilleurs travailleurs.
  • Fêtes patronales et marchés : Pour les jours de Saint-Martin, les artisans sortaient devant leur porte, exhibant le fruit de leur labeur : sabots sculptés, galettes, cordes tressées. Ces manifestations étaient autant des vitrines que des moments où les savoir-faire se transmettaient des anciens aux plus jeunes.
  • Travaux collectifs : Les journées de battage ou de vendange se faisaient souvent en commun : chaque voisin prêtait main-forte, et l’entraide tissait un solide maillage humain.

Ce sens du collectif, on le retrouve dans l’accent flinois, dans le goût des récits, et jusque dans la convivialité des rassemblements d’aujourd’hui – marchés, brocantes, ou randonnées organisées par l’association du patrimoine.

L’héritage aujourd’hui : transmission et redécouverte

Le monde a changé, les machines se sont imposées, et les gestes d’hier sont parfois devenus spectacles ou souvenirs. Mais à Flines-lez-Mortagne, certaines initiatives veillent à garder vivante cette mémoire :

  • Des ateliers de vannerie sont organisés à la salle communale lors de la Foire aux Artisans, chaque printemps. Il est possible d’y découvrir la fabrication de paniers comme autrefois.
  • Le musée virtuel de la Scarpe, géré par des bénévoles, recueille et partage documents, photos et témoignages d’anciens métiers (Voir : https://www.museescarpe.fr).
  • Balades guidées historiques : Proposées certains dimanches, elles empruntent les chemins de halage et les anciens quartiers artisanaux. Informations et horaires sont affichés en mairie ou sur le site de l’office de tourisme Pévèle-Carembault.
  • Quelques événements éphémères – marchés de producteurs, journées du patrimoine – mettent en avant des métiers traditionnels remis au goût du jour, comme la céramique ou le travail du cuir.

Regard sur demain

Cheminer dans Flines-lez-Mortagne, c’est avancer sur le fil du temps, là où chaque maison, chaque arbre, chaque pierre chuchote l’écho des gestes d’antan. L’identité du village est tissée de mille récits : la légende d’un sabotier célèbre, la mémoire d’une paysanne qui laitait à la main, la silhouette d’un forgeron penché sur son enclume.

Ces métiers anciens sont moins visibles, mais ils inspirent encore notre façon d’habiter, de transmettre, de regarder la nature et les saisons. Ils sont un pont entre générations, un souffle de tradition qui fait de Flines-lez-Mortagne une destination à part – à la fois ancrée et en mouvement.

Il suffit parfois de s’arrêter, un dimanche matin, devant la boulangerie, ou de croiser un promeneur au détour d’un champ de lin, pour percevoir ce lien silencieux : Flines-lez-Mortagne, village de savoir-faire, et terre d’histoires vivantes.

Sources :

  • Archives Départementales du Nord
  • INSEE, Recensements anciens
  • Mémoire orale recueillie auprès de la mairie (témoignages d’anciens, 2002-2018)
  • MuseeScarpe.fr – Histoire locale et témoignages
  • Pévèle-Carembault Office de Tourisme

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