Flines-lez-Mortagne : la brique rouge, une signature bien vivante

10/01/2026

Un rouge venu du cœur de la terre : l’origine de la brique flinoise

La première particularité de Flines-lez-Mortagne, c’est la présence de gisements d’argile de grande qualité — un héritage du substrat géologique de la Plaine de la Scarpe. Dès le XVIIIe siècle, on extrayait l’argile directement des terres pour la transformer en briques, dans des tuileries locales aujourd’hui disparues (Source : Inventaire des Hauts-de-France).

  • Couleur spécifique : La brique du secteur se distingue par sa nuance rosée à rouge-orangé, parfois veinée de blanc à cause du calcaire présent dans la terre flinoise.
  • Briques moulées à la main : Jusqu’au début du XXe siècle, l’essentiel des briques étaient encore façonnées à la main, ce qui explique l’irrégularité choisie des murs anciens — un détail que l’œil attentif ne manquera pas de repérer.
  • Imperméabilité naturelle : Grâce à une cuisson longue à forte température, les briques de Flines résistent bien à l’humidité ambiante des bords de Scarpe.

Un conseil pour l’œil curieux : baladez-vous rue Jeanne-d’Arc ou rue du Pont, et laissez-vous surprendre par la différence de teinte entre les maisons, témoin des évolutions industrielles et artisanales.

Des façades qui racontent l’histoire

S’il est une chose qui rend les maisons de Flines-lez-Mortagne singulières, c’est cette manière qu’elles ont de conjuguer simplicité rurale et petites coquetteries d’artisans.

Des motifs et des jeux de reliefs

  • Bandes de briques émaillées blanches : On les appelle "cordons" ou "soubassements". Ces lignes horizontales rythment les façades, surtout sur les maisons bâties après 1880.
  • Appuis de fenêtres saillants : Souvent rehaussés d’une pierre bleue de Tournai, ces appuis affichent un contraste frappant avec le rouge de la brique, et témoignent des échanges avec la Belgique voisine.
  • Façades en pignon à pas de moineau : Cette silhouette en escalier, typique du Hainaut, s’observe aussi au détour de plusieurs anciennes fermes du village.
  • Dates et initiales gravées : Il n'est pas rare de trouver, sur la clé de voûte d’une porte, un millésime ou les initiales du couple constructeur — un clin d’œil à une époque où chaque maison était un projet de toute une vie.

L’habitat s’aligne généralement à la rue, pour former une suite rythmée de façades presque sans interruption. C’est ce qu’on nomme la "façade continue", un héritage de l’urbanisme rural du XIXe siècle (source : Annales de Normandie).

Des maisons construites pour la vie en famille

À Flines, la maison en brique n’est pas qu’un décor, c’est surtout un abri chaleureux, pensé pour abriter la vie de famille. Derrière ces murs se jouent des générations de repas partagés, de veillées près de la cuisinière, de cris d’enfants courant vers le jardin.

  • La "salle à vivre" toujours côté rue, souvent ouverte sur la cour à l’arrière, pour surveiller les enfants ou accueillir le potager.
  • Des dépendances en enfilade — anciennes granges, écuries, abris à outils — témoignent du lien agricole encore fort jusqu’aux années 1970.
  • Des combles spacieux, souvent aménagés en dortoirs pour les familles nombreuses autrefois courantes.

Un détail à noter : beaucoup de maisons traditionnelles sont orientées nord-sud, pour profiter de la lumière et couper le vent du nord. Une sagesse héritée de siècles d’adaptation au climat.

Des anecdotes et petits secrets glanés au fil des rues

  • Les briques "périllées" : Sur certains murs, on observe des briques un peu noircies, les "périllées". Il s’agit en fait de surplus de cuisson récupérés à moindre coût, souvent utilisés pour le mur du fond de la bâtisse. À Flines, elles témoignent de l'ingéniosité locale, et du souci d’économie à chaque étape du chantier.
  • Façades décorées à la chaux : Pendant plusieurs décennies, les habitants blanchissaient la partie basse de la façade à la chaux, pour protéger la brique contre les remontées d’humidité mais aussi pour donner un peu de “propreté” à la rue à l’approche des fêtes.
  • La “fenêtre du surveillant” : Il n’est pas rare, en bord de cour, de trouver une petite ouverture ronde ou carrée, donnant sur la rue sans être une vraie fenêtre. C’était l’observatoire discret du chef de famille ou de la grand-mère, toujours à l’affût des visiteurs ou du passage du facteur.

Au printemps, une tradition locale voulait que l’on “frotte les briques” à la brosse, pour les débarrasser de la suie hivernale. Les aînés se souviennent encore des matinées où, balai à la main, on refaisait une beauté à la façade.

Nouvelles architectures, anciennes traditions : l’esprit flinois aujourd’hui

Depuis les années 1980, le style des maisons en brique rouge continue d’inspirer les nouvelles constructions de Flines-lez-Mortagne. Si les volumes se font parfois plus généreux et l’isolation plus performante, la brique reste la matière de prédilection pour qui veut “faire flinois”.

  • Plus de 78% des maisons de Flines-lez-Mortagne sont construites en brique rouge ou orangée (Source : INSEE).
  • De nouveaux lotissements reprennent les codes de la façade continue, du pignon sur rue et du mélange brique-pierre bleue.
  • La “brique apparente” figure même dans les recommandations d’urbanisme de la commune, pour préserver l’harmonie du village.

Plusieurs artisans locaux perpétuent encore l’art du rejointoiement traditionnel à la truelle et celui de la brique moulée main — ouvrez l’œil les jours de travaux dans le bourg !

Petite feuille de route pour les curieux du quartier

  • Pour observer les façades anciennes : Promenez-vous autour de l’église Saint-Michel, rue Sainte-Anne et rue de la Mairie. Beaucoup de maisons datent d’avant 1920 et gardent leur authenticité.
  • Pour voir des variations dans la couleur de la brique : Comparez les maisons de la Grand’Rue (briques plus sombres, souvent restaurées) à celles de la rue du Moulin (briques plus claires, datant du XIXe siècle).
  • Pour découvrir une maison en “L” traditionnelle : Observez les anciennes fermes à la sortie du village vers Sars-et-Rosières.

Un bon moment pour explorer ces particularités ? Tôt le matin, quand le soleil rase les toits, ou lors des Portes Ouvertes du Patrimoine, où quelques habitants acceptent parfois de faire visiter leur cour (renseignez-vous à la mairie, ouverture du lundi au vendredi, 8h-12h et 14h-17h).

Regarder autrement les briques rouges de Flines

Marcher à Flines-lez-Mortagne, c’est fouler un livre d’argile à ciel ouvert. Les maisons de brique rouge, loin d’être de simples murs, sont la mémoire vivante du village : elles parlent de la terre façonnée, de la patience des bâtisseurs et de l’inventivité d’une population qui n’a jamais cessé d’adapter son habitat à ses besoins et à sa fierté. Observer ces maisons, c’est aussi prendre la mesure de ce fond commun qui relie chaque famille au paysage et, au fond, à son identité flinoise.

Alors, lors de votre prochaine promenade, prenez le temps de lever les yeux vers ces façades, de jouer à repérer les petits détails qui font la richesse de la brique locale. Et, qui sait, de poser vous-même une nouvelle brique sur l’histoire, en partageant à votre tour ce regard neuf sur Flines-lez-Mortagne.

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