Flines-lez-Mortagne : un village qui se souvient, une mémoire vivante à partager

22/02/2026

Sur les traces du passé : quand la mémoire habite les murs de Flines

Imaginez la lumière rase d’un matin d’automne, filtrant entre les tilleuls qui bordent la place du village. Ici, à Flines-lez-Mortagne, la mémoire s’invite à chaque pas. Poussez la porte de l’église Saint-Martin – les pierres usées, polies par des siècles de passages, semblent vibrer encore de secrets enfouis. À Flines, le passé n’est jamais loin : il est dans l’accent chaleureux des aînés, dans les détails sculptés au-dessus des portes, ou dans l’alignement discret des fermes qui émaillent la plaine.

La mémoire du village est faite de couches successives, comme les sillons des champs alentour. On y lit le passage d’une histoire longue, parfois mouvementée, souvent discrète, mais toujours vivante. Savez-vous, par exemple, que le nom de Flines-lez-Mortagne (que l’on prononce, ici, “Flein”) apparaît pour la première fois au XIe siècle ? Le village aura vu passer les ducs, les guerres, les marchands et les travailleurs de la terre, mais aussi les pouvoirs religieux : la puissante abbaye de Flines, toute proche, marque encore la frontière de l’imaginaire local (Wikipedia - Abbaye de Flines).

Vie quotidienne et traditions d’antan : un héritage partagé

À Flines-lez-Mortagne, l’attachement à la terre n’est pas qu’une image. Il suffit de suivre la Scarpe ou de longer les vastes cultures de betteraves et de céréales pour saisir l’importance de l’agriculture dans la vie des habitants. La mémoire du travail se transmet, souvent sans bruit, lors des grands repas de famille ou des discussions devant la boulangerie locale.

  • La moisson : Traditionnellement, la période des moissons rythmait le cœur du village. Jadis, après les longues journées de coupe, il est encore d’usage de “faire la ducasse” en famille, une petite fête avec les voisins, partageant tartes à la rhubarbe et bières locales.
  • Le four à pain communal : Beaucoup d’anciens se souviennent de ces matinées où l’on portait sa pâte à pain au four collectif. Un moment de rencontre – et parfois de compétition amicale – sur le “bon brun” de la croûte ou la saveur de la mie.
  • La plantation des arbres : Les naissances d’enfants ou de mariages donnaient parfois lieu à la plantation d’un tilleul ou d’un fruitier, symbole de fécondité et de prospérité au sein des familles flinoises.

Festivités et rendez-vous populaires : le village en fête

Parmi les traditions encore vivaces, il en est une qui rassemble tout le monde, petits et grands : la fête du village, appelée ici “ducasse”. Chaque année, elle bat son plein à la fin de l’été, autour de la salle des fêtes et sur la place centrale. C’est l’occasion de revoir des cousins perdus de vue, de déguster la fameuse gaufre locale et surtout d’assister aux concours de vélos fleuris ou aux jeux d’adresse typiques.

La ducasse de Flines-lez-Mortagne remonte à la fin du XIXe siècle. D’après les archives communales (source : Archives départementales du Nord), on y retrouvait autrefois des manèges de chevaux de bois et d’authentiques baraques à frites, dont la tradition s’est perpétuée jusqu’à nos jours. Les habitants aiment évoquer les bals champêtres, les tours de loterie et les parties de quilles endiablées.

  • La procession de la Saint-Martin : Elle a longtemps traversé rues et chemins, réunissant paroissiens et musiciens. Aujourd’hui, elle se fait plus discrète mais reste chère au cœur des anciens.
  • L’installation des géants : Comme dans beaucoup de villages du Nord, Flines-lez-Mortagne a vu défiler ses “géants” lors des fêtes locales. Même si cette coutume s’est espacée, les plus âgés aiment raconter comment “Jean Flinois” et sa compagne dansaient, portés par des bénévoles cachés sous la structure.

Histoires de transmission : contes, légendes et secrets de famille

La mémoire de Flines-lez-Mortagne ne s’écrit pas uniquement dans les livres. Elle vit à travers les récits, les chansons, les dictons patoisants que l’on se transmet de génération en génération. Tendez l’oreille sur un banc public, un jour de marché : il se murmure encore des histoires de “loups-garous” rôdant jadis dans les bois, ou de trésors enfouis près de la Scarpe – souvenirs des guerres et des passages de soldats qui ont marqué la région.

  1. Le patois picard : Même si le parler local se fait plus rare, il subsiste dans certaines expressions – “Hein, t‘avas bin compris ?” – ou dans les mots gravés sur d’antiques outils agricoles, fièrement exposés lors des foires à la brocante.
  2. Légendes de la Scarpe : Il existe maints récits de lavandières farceuses, “fées de la rivière”, ou de barques fantômes surgissant par les brumes matinales. Des histoires que l’on raconte encore aux enfants, à la nuit tombée.
  3. Objets de mémoire : On trouve chez les familles flinoises de vieux objets transmis avec soin : les “spélugues” (lampes à carbure), tabliers brodés, braseros et outils de vannerie, témoins silencieux d’un savoir-faire rural aujourd’hui précieux.

La richesse du patrimoine bâti : pierres, fermes et souvenirs

Au fil des ruelles, chaque façade a son caractère, chaque pignon une histoire. Le village conserve plusieurs maisons datant du XVIIe siècle, reconnaissables à leurs briques rouges et à leurs encadrements de fenêtres en grès. À l’écart, sur les chemins de halage, on découvre d’anciennes fermes – la Ferme de l’Épinette ou la Ferme Vancopenolle – qui ont rythmé pendant longtemps la vie agricole locale (voir Base Mérimée).

Le petit patrimoine rural se lit aussi dans :

  • Les puits couverts, toujours fleuris au printemps
  • La chapelle Saint-Fiacre, point de rassemblement lors des processions de la Saint-Fiacre (le patron des jardiniers)
  • Les croix de carrefour, souvent érigées en mémoire d’habitants disparus ou en remerciement d’une protection “miraculeuse” accordée au village

Beaucoup de ces éléments ont été recensés lors des enquêtes d’inventaire du patrimoine menées par le service régional (source : Inventaire Hauts-de-France). La commune comporte plus de 40 éléments inscrits ou protégés à l’inventaire, un chiffre conséquent pour un village de moins de 1200 habitants.

Le souvenir des grandes heures : Flines à travers l’Histoire

Flines-lez-Mortagne a traversé les orages comme les éclaircies de l’Histoire. Durant la Première Guerre mondiale, le village fut occupé dès 1914. Certains habitants s’engagèrent dans la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale – leur mémoire est honorée lors de la cérémonie au Monument aux Morts, chaque 11 novembre à 11h (informations mairie).

Parmi les épisodes marquants, on retient également le violent orage du 7 août 1894 : la Scarpe en crue avait inondé tout le bas du village, forçant les habitants à réfugier bétail et familles sur les hauteurs. Les récits de cet événement se transmettent encore, preuve de la force de solidarité flinoise face aux drames.

Où rencontrer la mémoire locale aujourd’hui ?

  • La bibliothèque municipale : Point de prêt et d’échanges, sa petite section mémoire regorge d’archives, de photos anciennes, et d’ouvrages édités par la Société Historique du Pays de Condé.
  • Les anciens du village : À la sortie de la messe, au fil des tables de la kermesse, ou lors des ateliers de généalogie, il est toujours possible d’écouter un souvenir, une anecdote, une page de vie en partage.
  • Les événements locaux : La brocante de mai, le concours de fleurs, la marche du Téléthon… Autant de moments où la mémoire du village s’exprime, parfois au détour d’un vieux document exposé ou d’une recette patiemment transmise.

Patrimoine vivant et ouverture vers demain

La mémoire et les traditions de Flines-lez-Mortagne ne sont pas des reliques figées. Elles se nourrissent au quotidien de gestes simples : cultiver son potager, saluer un voisin à vélo, partager une tarte ou une chanson. Ici, le passé épouse le présent. À la faveur d’une promenade, il arrive que le murmure des pierres ou la brise sur la rivière laisse imaginer ce que d’autres ont vécu, aimé, rêvé avant nous. Flines n’est pas un musée, mais un village vivant, fier de son histoire et de son identité.

C’est en continuant d’honorer fêtes, légendes, savoir-faire et souvenirs que le village regarde tranquillement vers l’avenir. Entre mémoire et transmission, chaque instant à Flines-lez-Mortagne devient une occasion de partager, d’apprendre et, surtout, de tisser de nouveaux souvenirs – ensemble.

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