À la découverte de l’héritage minier autour de Flines-lez-Mortagne
Un patrimoine mondial né de trois siècles d’exploitation du charbon Le bassin minier du Nord-Pas de Calais a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l...
Lire +Imaginez pour un instant : une place tranquille, un soir d’été, le parfum des tilleuls, les pavés tièdes sous les pieds. Autour, quelques bancs, le clocher qui veille, et la lumière dorée qui glisse sur les façades. Ici, à Flines-lez-Mortagne, il suffit souvent d’un mot murmuré, ou d’un rire d’enfant, pour que s’éveillent des histoires plus anciennes que nos souvenirs. Les récits des anciens, transmis de bouche à oreille ou couchés dans les archives, façonnent patiemment ce paysage invisible mais bien réel qu’on appelle « l’identité locale ».
Mais comment ces histoires, simples anecdotes ou grandes légendes, contribuent-elles à cette alchimie qui fait qu’on se sent « chez soi » ? Que remplissent-elles, ces veillées où l’on narre un épisode du passé, ces petits cailloux semés sur le chemin de la mémoire collective ? C’est ce voyage au cœur du patrimoine immatériel que je vous propose aujourd’hui, pas à pas, en parcourant Flines-lez-Mortagne autrement.
À Flines comme ailleurs, la transmission orale fut longtemps l’unique bibliothèque. Chaque famille, chaque hameau, nourrissait à sa façon le grand livre du village, peuplé de personnages pittoresques, d’évènements drôles ou dramatiques, de mots d’esprit et de légendes locales. Si nos anciens évoquent souvent « la grand-mère Jacquette », c’est qu’elle racontait encore, aux veillées d’hiver, des aventures du temps où la Scarpe charriait autant de secrets que d’eau.
Ces histoires ne sont pas des anecdotes figées, ce sont d’inlassables passerelles : elles relient les générations, nourrissent la curiosité, offrent un socle à l’imaginaire local. Écouter, c’est déjà appartenir.
Aujourd’hui encore, à l’ère de l’hyperconnexion, l’attachement à l’histoire locale reste très vif. Selon une enquête menée en 2023 par l’INSEE (source : INSEE, dossier sur la ruralité dans les Hauts-de-France), 74 % des habitants des petits villages du Nord déclarent un intérêt marqué pour l’histoire et les traditions de leur commune.
À Flines-lez-Mortagne, cette réalité se mesure lors des portes ouvertes de la médiathèque, ou lors des Journées Européennes du Patrimoine : chaque année, plus de 300 personnes viennent écouter les « récits de Flines », d’après le dernier bulletin municipal (2023). Un chiffre impressionnant pour un village qui compte moins de 1400 habitants (voir INSEE).
Nulle part ce tissage n’est plus clair qu’en se promenant dans les rues du village, carnet à la main. Tel mur en brique rouge, patiné par le temps, porte la marque d’un incendie survenu « la nuit des Quatre Temps » en 1818 ; derrière une fenêtre, la vieille enseigne d’un ancien estaminet, où fut inventé le fameux jeu de la bourle, ancêtre du bowling régional.
Le patrimoine architectural est indissociable des récits locaux. À Flines-lez-Mortagne, on recense près de 40 bâtiments remarquables (Source : Base Mérimée, Ministère de la culture), dont l’église Saint-Martin, la chapelle de la Fontaine Saint-Georges et plusieurs fermes à cour carrée. À chaque visite guidée, ces bâtiments deviennent le décor vivant du récit :
Pourquoi les récits anciens tiennent-ils autant de place dans la construction de l’identité locale ? Parce qu’ils offrent à chacun, natif ou nouvel arrivant, la possibilité de s’ancrer dans le temps commun. La psychologie l’a bien montré : un attachement solide à l’histoire locale favorise l’intégration et le bien-être social (voir études publiées par l’Université de Lille, 2020).
Aujourd’hui, ces histoires ne se murmurent plus seulement lors de veillées ou sur le pas d’une porte : elles voyagent désormais via Internet, partagées sur le site de la commune, dans les groupes Facebook locaux, ou lors des visites guidées interactives organisées par l’association « Les Amis de Flines ».
À travers ces formats renouvelés, la mémoire continue de s’ancrer dans le quotidien, de façonner le village et de questionner l’avenir. Car interroger ces récits, c’est aussi interroger notre façon d’habiter le territoire, de nous y sentir liés, et de préparer la transmission à venir.
Les histoires naissent et renaissent sans cesse. Toutes ces anecdotes, collectées ou inventées, forment un humus vivant, prêt à accueillir de nouveaux épisodes à chaque génération. Les vieux récits ont encore tant à nous apprendre, et la mémoire locale, réactivée par la curiosité et le partage, restera le trait d’union essentiel entre passé, présent et avenir. Et si, demain, en racontant une histoire nouvelle sur Flines-lez-Mortagne, c’était nous qui, à notre tour, participions discrètement à la grande chaîne de l’identité commune ?