À la découverte de l’héritage minier autour de Flines-lez-Mortagne
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Lire +Imaginez... Ce matin-là, la lumière rase du soleil traverse doucement la brume, caressant les champs qui s’étirent tout autour de l’église. On entend encore le chant des oiseaux, accompagné du léger froissement des feuilles. Au bout de la place, au pied du clocher, se dresse une silhouette de pierre, discrète mais centrale : le monument aux morts de Flines-lez-Mortagne. Combien d’entre nous sont déjà passés devant sans vraiment s’y arrêter ? Pourtant, ce monument n’est pas qu’un assemblage de noms gravés. C’est bien plus qu’un repère de pierre dressé contre le temps : c’est l’un des piliers de la mémoire collective du village.
Dans presque chaque village de France, on trouve un monument aux morts. Leur apparition remonte, pour l'immense majorité, à l’immédiat après-guerre de 1914-1918. Après ce conflit qui a laissé la nation exsangue, on compte environ 1,3 million de morts français (source : Mémoire des hommes), soit près de 10 % de la population masculine adulte de l’époque. Voici pourquoi, dès les années 1920, fleurissent dans nos villages ces stèles, ces obélisques ou simples croix surmontées de coqs et de palmes : il s’agit pour la communauté de rendre hommage à ses enfants « morts pour la France ».
Construire un monument, c’était alors rassembler : la souscription publique, bien souvent orchestrée par la commune et les sociétés d’anciens combattants, participait à la création d’une mémoire partagée. C’est l’une des raisons pour lesquelles Flines-lez-Mortagne, comme ses voisines (Saint-Amand, Marchiennes, Rosult…), a souhaité donner à ses morts un lieu à la fois solennel et accessible à tous.
Sur la stèle, ce sont des noms souvent familiers : Lefebvre, Dufresne, Delrue, qui, chaque année, retentissent à voix basse lors de la cérémonie du 11 novembre. Ces noms, ce ne sont pas que des lettres : ils interviewent les familles, rappellent les lignées, réveillent parfois des anecdotes murmurées jadis à la veillée. En 1921, le choix fut fait à Flines-lez-Mortagne de n’omettre personne, qu’il ait été militaire de carrière ou jeune conscrit, simple cultivateur ou instituteur — car les guerres, toutes les guerres, n’ont épargné aucune classe sociale.
Le monument devient alors la “table de famille” élargie du village. L’émotion est palpable lors de chaque lecture de liste : chaque nom arraché au silence, chaque prénom rappelle un destin brisé mais aussi toute une parenté parfois encore présente.
À Flines comme ailleurs, le 11 novembre et le 8 mai sont des dates sacrées. Alors, la cloche tinte différemment. Les enfants des écoles s’avancent, une gerbe à la main, parfois le visage grave. Les anciens combattants, parfois vite essoufflés, se tiennent droits malgré les ans. L’ambiance, même si les étés indiens ou les brumes de novembre varient, reste la même : celle d’un village qui fait corps, le temps d’un hommage partagé.
C’est cela, la mission invisible du monument : rappeler que chaque habitant, de naissance ou d’adoption, porte un morceau du passé du village en lui.
Si l’on prête l’oreille, des récits circulent à propos du monument. On raconte par exemple que, lors d’un hiver particulièrement rude dans les années 1960, il a fallu briser à la masse la glace qui couvrait les initiales pour déposer les bouquets traditionnels. Ou encore ce jour de 1945, où la population est sortie spontanément pour ajouter sur la stèle les noms de ceux tombés “pour la France libre”. La pierre n’est pas immuable : elle a été retouchée, nettoyée, quelquefois même réparée, preuve que la mémoire, elle aussi, s’entretient dans la durée.
Et puis il y a les photographies : en feuilletant les albums, on retrouve la silhouette du monument compagne des grands événements du village. Mariages, commémorations, chantiers… Il est toujours là, témoin discret du passage du temps.
Le monument n’est pas seulement tourné vers le passé. Il porte en lui une promesse d’avenir : celle de ne jamais oublier, et d’apprendre des blessures de l’Histoire.
Dans notre monde où le temps file, où les distances s’effacent, où de nouveaux visages arrivent chaque année à Flines-lez-Mortagne, le monument est l’un de ces repères qui permettent aux petits et aux grands, aux familles du cru comme aux nouveaux venus, de ressentir, le temps d’une halte, leur appartenance à une même communauté.
À Flines-lez-Mortagne, le monument aux morts fait partie de ces paysages quotidiens qui, à force d’y passer, risqueraient presque de devenir invisibles. Pourtant, c’est lui qui relie les générations, les temps forts et les silences du village. Il nous invite, à chaque passage, à “lever les yeux” et à se souvenir : des vies sacrifiées, des familles endeuillées, mais aussi du courage, du partage, et de la fraternité qui continuent d’animer nos rues, nos écoles et nos maisons.
Prendre le temps de s’arrêter devant la pierre, même quelques secondes, c’est aussi refaire le chemin du passé, apprendre à mieux connaître ce qui compose, aujourd’hui encore, l’âme de Flines-lez-Mortagne.
Et peut-être, lors d’une prochaine promenade, chacun d’entre nous saura donner à ce monument la place qu’il mérite : non pas seulement une mémoire, mais un reflet vivant de tout un village.