Sur le pas de nos portes, les plaques et enseignes racontent Flines-lez-Mortagne

30/10/2025

L’histoire en façade : petits détails, grandes époques

Certains ne les remarquent même plus, fondues qu’elles sont dans le décor. Pourtant, à Flines-lez-Mortagne comme ailleurs, les anciennes plaques de rues ne sont pas anodines. Leur histoire épouse celle du village et de la région. Au XIXe siècle, sous la poussée des lois d’organisation administrative (notamment à partir de 1843), la France impose de nommer les rues et de numéroter les maisons, pour faciliter la gestion publique… et le passage du facteur ! Ainsi apparaissent, en zinc, en fonte ou en émail, ces premières plaques qui varient selon les époques et les artisans locaux [histoire-image.org].

  • Les plaques émaillées (souvent visibles sur la Grand’Rue) datent, pour certaines, du début du XXe siècle. Leur couleur traditionnelle “bleu nuit” et leurs lettres blanches sont typiques de l’esthétique Art Déco, portée par de nombreux ateliers du Nord, parmi lesquels l’Émaillerie Alsacienne de Strasbourg, très sollicitée dans la région.
  • Les numéros sculptés (encore visibles sur quelques portes anciennes) témoignent quant à eux d’un travail artisanal, souvent commandé par les familles notables désireuses de marquer leur adresse dans la pierre.
  • Les enseignes peintes ou en fer forgé disent l’âge du commerce dans le village : boulangerie, café, maréchal-ferrant… chaque métier avait sa signalétique, et parfois même un nom en “patois du coin”, comme “Au bon filou” ou “Chez Lucien du moulin” – souvenirs glanés dans les archives communales.

Ces objets du quotidien qui balisent la mémoire collective

À Flines-lez-Mortagne, un promeneur attentif croisera des plaques dont la police de caractère varie d’une rue à l’autre, signe d’un renouvellement progressif du stock communal. Dans la rue du Général de Gaulle, les deux formats cohabitent : ancienne fonte noire, récente plaque vissée en plastique. On y lit en creux les évolutions du village : modernisation après la guerre, passage à une administration plus uniforme.

Mais que nous disent toutes ces plaques, au-delà des noms ? Elles fixent, noir sur blanc (ou bleu sur blanc), les souvenirs. Car les rues elles-mêmes changent de nom. Avant l’après-guerre, la “Grand’Rue” se nommait “rue Royale”, et l’actuelle “Résidence des Saules” abritait un chemin vicinal, simplement indiqué sur une tablette de bois.

  • Parfois, une plaque porte une erreur ou une faute, corrigée à la main, ce qui attire l’œil du curieux : ainsi sur l’ancien « chemin du Bois Pillon », un S oublié a été rajouté, visible encore aujourd’hui sous la couche de peinture récente.
  • Les plaques sont aussi évocatrices d’événements, comme la série installée après 1945 pour honorer les héros locaux, ou, plus anciens, les repères « kilométriques » fixés par la Poste impériale, dont il subsiste quelques exemplaires en campagne.

Plongée dans les enseignes de Flines : un répertoire des métiers disparus

À quoi servait une enseigne, avant l’ère des GPS et des numéros standardisés ? À bien plus qu’indiquer un commerce. L’enseigne donnait identité au lieu : on n’allait pas « chez Mme Lefebvre », on allait « au Lion d’Or », au « Relais de la Poste », ou à la « Forge du Centre », noms parfois encore évoqués dans la conversation des anciens.

  • Le Café de la Place arbore depuis la fin du XIXe siècle une enseigne peinte par l’artiste local Jean-Baptiste Danel. Elle représente deux verres enchevêtrés sur fond de houblon, clin d’œil au passé brassicole du village (Geneanet mentionne en 1906 trois débits de boisson pour 600 habitants).
  • La boulangerie Bourdon, aujourd’hui disparue, présentait une petite miche en métal suspendue, œuvre du forgeron du village. Véritable “publicité” avant la lettre.
  • Sur la place du 8-Mai-1945, il subsiste la silhouette d’une vieille enseigne « Tabac-Loto-Presse » dont le graphisme trahit les années 1970, témoignant de la modernité qui a peu à peu remplacé l’esthétique plus artisanale.

Quand la toponymie se fait mémoire : rues, lieux-dits et anecdotes locales

Les plaques murales ne sont pas nées d’un hasard. À Flines-lez-Mortagne, certains noms de rues viennent d’histoires transmises oralement ou inscrites dans les délibérations municipales. Ainsi, la rue du Maréchal (qui ne doit rien à un général, mais à la présence, autrefois, d’un maréchal-ferrant très réputé) perpétue chaque jour le souvenir d’un ancien métier. C’est là que, jusque dans les années 1950, on pouvait entendre le martèlement de l’enclume (témoignages recueillis auprès de M. Desmaret, habitant octogénaire).

Mais la toponymie, ce patrimoine vivant, évolue sans cesse :

  • Le “sentier des écoliers” (aujourd’hui chemin du Calvaire) était jadis le passage quotidien des enfants vers la petite école du village.
  • Le “Pas Roland”, indique l’ancien gué sur la Scarpe, fait encore l’objet d’une légende persistante (R. Cazin, Histoire de la Scarpe, 1981), chacun cherchant à repérer les traces du cheval de Roland sur la berge.
  • Certains noms anciens reviennent, parfois, lors des grandes discussions du conseil municipal, pour justifier le maintien ou le retour à une appellation plus “de chez nous” — témoignage de l’attachement local à l’histoire partagée (cf. archives de la Mairie, séance du 23 mars 2004).

Rareté, préservation, initiatives locales : que deviennent ces témoins ?

Gigantesque ou discrète, chaque plaque est aujourd’hui un objet recherché par les collectionneurs de la région des Hauts-de-France. Selon la revue Le Monde (2021), une ancienne plaque émaillée originale (non restaurée) peut se négocier entre 100 et 400 euros, selon sa rareté et son lien avec un village précis.

À Flines-lez-Mortagne, la commune veille à ne pas faire disparaître ce patrimoine ancré dans les murs. Plusieurs initiatives voient le jour :

  • Lors de la rénovation d’une rue, les anciennes plaques sont conservées en mairie ou remises à des habitants volontaires.
  • Le Syndicat d’Initiative prévoit une exposition temporaire lors des prochaines Journées du Patrimoine (mi-septembre), où chacun pourra venir “lire” l’histoire du village à travers une sélection de plaques et d’enseignes conservées.
  • Depuis 2018, un parcours pédestre guidé intègre le “petit patrimoine”, avec mention documentée des enseignes typiques et anecdotes associées (itinéraire disponible à l’Office de Tourisme, carte papier ou téléchargement gratuit).

Conseils pour les curieux : observer, photographier, partager

Pour les amateurs de balades et de découvertes inattendues, voici quelques conseils pour “partir à la chasse” aux anciennes plaques et enseignes de Flines-lez-Mortagne :

  1. Ouvrez l’œil au détour des rues principales (Grand’Rue, rue du Général de Gaulle, chemin du Marais), mais aussi des petits trajets moins fréquentés.
  2. N’hésitez pas à lever la tête : certaines enseignes se nichent sous un avant-toit ou au-dessus d’une vieille devanture.
  3. Munissez-vous d’un appareil photo ou d’un téléphone — et partagez vos trouvailles. Le village apprécie toujours ces souvenirs de façade publiés sur les réseaux sociaux ou transmis à la mairie.
  4. Adressez-vous à l’Office de Tourisme, qui peut fournir une liste (non exhaustive, mais souvent actualisée) des plaques anciennes recensées sur la commune.

Entre passé et présent : ces petits repères qui changent le regard

Marcher à Flines-lez-Mortagne, c’est donc apprendre à lire les murs comme d’autres lisent un roman. Chaque plaque, chaque enseigne porte le nom d’une époque, d’un métier, d’une famille ou d’une fête. Elles sont, en miroir, notre mémoire collective. Pas besoin d’être historien pour s’émouvoir devant un chiffre à demi effacé, un nom oublié sur la pierre, ou l’ombre d’une enseigne tordue par les ans.

Et demain ? Le patrimoine ordinaire continue de s’écrire, rue après rue. Les habitants, nouveaux ou anciens, sont invités à veiller sur ces témoins du quotidien : à les photographier, à les signaler, à les raconter. C’est peut-être là le plus beau des héritages : celui que l’on partage en marchant ensemble, le regard attentif, pour que Flines-lez-Mortagne puisse continuer à se lire… à haute voix.

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