Ce que dit la pierre : matériaux traditionnels des calvaires du Hainaut
Sous la mousse, la pluie ou les premiers soleils, la pierre a toujours le dernier mot. Les calvaires du Hainaut, région frontalière tirant ses ressources de la terre elle-même, déclinent une belle diversité de matériaux issus du sous-sol ou du patrimoine ouvrier local.
Le grès : une noblesse de pays
Le grès est, de loin, le matériau le plus courant pour les calvaires anciens dans tout le Hainaut, du Valenciennois à l’Avesnois. Taillé dans des carrières locales — parfois à Flines-lez-Mortagne, parfois autour de Saint-Amand — il séduit par sa robustesse et sa couleur allant du jaune pâle au brun chaud.
- Cette roche, riche en silice, offre, une fois patinée par les ans, une surface presque douce au toucher, veinée de lichens blancs et orangés.
- Les calvaires de grès du XVIIIe siècle portent souvent des inscriptions gravées. Quelques dates : la plus ancienne croix de grès recensée dans le Hainaut date de 1572 (d’après l’Inventaire du patrimoine, DRAC Hauts-de-France).
- Un détail typique local : les socles sont rarement réguliers, épousant parfois la forme d’un bloc laissé brut.
Le calcaire bleu, ou « pierre bleue »
Impossible de parler de notre architecture sans un mot pour la « pierre bleue » de Soignies ou de Tournai, qui a bâti églises, maisons et… calvaires. Également appelée petit granit, elle séduit par ses nuances grises et ses éclats sombres.
- Utilisée surtout depuis la fin du XIXe siècle, lorsqu’elle devient plus accessible grâce aux progrès des outils de taille et du transport ferroviaire (source : Pierre Bleue Belge).
- Ses qualités mécaniques la rendent idéale pour les bases et les marches, souvent conservées alors que les croix elles-mêmes sont remplacées par souci d’entretien.
- Certains villages du territoire, comme Mortagne-du-Nord, présentent de superbes bases en pierre bleue rehaussées de croix plus légères.
Fer, fonte et autres métaux
Fer forgé, fonte moulée… Nous sommes ici dans le cœur ouvrier du Nord. Au XIXe siècle, les fonderies du Hainaut regroupent jusqu’à 30% des croix métalliques de la région Nord-Pas-de-Calais (source : Inventaire général du patrimoine culturel, Ministère de la Culture).
- Le fer forgé, travaillé à la main, donne des croix fines, parfois accompagnées de rinceaux et de motifs végétaux, signes distinctifs dans de nombreux villages comme Hasnon ou Brillon.
- La fonte, accessible à bas coût à partir des années 1860, multiplie les modèles “catalogue” : la célèbre croix « de chez Durenne » environne nos chapelles, parfois agrémentée de cœurs ou de symboles de la Passion.
- Le métal exige davantage d’entretien : parfois repeint de bleu, de noir ou parfois étrange vert-de-gris, il vieillit différemment selon les expositions.
Bois, humble et éphémère
Le bois fut le premier matériau, mais rares sont les croix originelles en bois parvenues jusqu’à nous. Le climat du Hainaut, tempétueux et humide, a fait son œuvre.
- Les croix en chêne, souvent remplacées désormais par du métal, étaient typiques jusque vers 1850, en particulier aux points de processions. Les archives communales de Flines-lez-Mortagne signalent encore la “Restauration d’une croix de bois pour la Semaine Sainte” en 1829.
- Le bois, dit-on, apporte chaleur et proximité, mais aussi une touche de fragilité : on trouve parfois des stèles où la trace des anciens trous de fixation témoigne d’un calvaire disparu.