Balade contée autour de la chapelle Notre-Dame de la Scarpe : mémoire des pierres, mémoire des gens

18/11/2025

Sur les traces de la chapelle : une histoire qui prend racine

La Scarpe, avec ses détours tranquilles, a toujours été source de vie. C’est au croisement de cette rivière et des chemins du village que s’élève la chapelle Notre-Dame de la Scarpe. Sa date de construction exacte demeure mystérieuse, en partie effacée par les siècles et les crues, mais la tradition orale la fait remonter à la toute fin du XIXe siècle, vers 1893.

À l’origine, la chapelle fut élevée par les habitants, pour remercier la Vierge d’avoir protégé Flines-lez-Mortagne lors des épidémies et des inondations qui, autrefois, n’étaient pas rares dans la vallée. Il ne s’agit ni d’une vaste église ni d’un monument fastueux : sa simplicité dit tout de la vie paysanne, humble mais résistante, qui façonne l’esprit du village depuis des générations (source : Archives municipales de Flines-lez-Mortagne).

  • Année estimée de construction : 1893
  • Commanditaires : Habitants du village et confréries locales
  • Fonction première : Ex-voto pour la protection du village

D’après un relevé cadastral ancien, la chapelle a été conçue sur les terres dites « du Moulin », près du passage “des Pêcheurs d’Anguilles”, un point stratégique lors des grandes inondations de 1880 et 1892.

Une architecture modeste, taillée pour la dévotion locale

Aux confins de la Scarpe, la chapelle se dresse à peine plus haute qu’un saule. Elle se distingue pourtant par sa façade de brique rouge, typique de notre région, rehaussée d’un enduit blanc qui souligne l’arcade et la niche de la Vierge. On y retrouve le faîte en double pente, un petit clocher-mur percé d’un oculus, et une porte en bois cerclée de clous forgés.

  • Matériaux : Briques locales, pierre de Tournai, bois de chêne pour la porte
  • Dimensions : 4,2 m de long pour environ 2,3 m de large — l’espace d’un grand pas !
  • Eléments remarquables : Niche centrale avec statuette, ex-voto en offrant, bouquet d’anciennes fleurs séchées

On raconte qu’avant chaque moisson, quelques anciens venaient raviver la chaux du linteau, tradition qui perdure encore aujourd’hui lors des fêtes communales.

La symbolique de Notre-Dame de la Scarpe : entre croyances et quotidien

La Vierge, dans les campagnes du Nord, a longtemps veillé sur les eaux et les labours. La chapelle de la Scarpe accueille une effigie de Marie, portant l’Enfant Jésus, bras ouverts vers le large horizon du fleuve. Ce choix n’est pas anodin : la figure de la Mère Protectrice incarnait l’espoir des cultivateurs face aux excès de la nature.

  • Protection contre :
    • Les inondations (la Scarpe qui sort de son lit, parfois redoutablement…)
    • Les maladies : le typhus et la fièvre typhoïde, encore redoutés au XIXe siècle
    • Les pertes de moisson (averses, gelées tardives)
  • Symbole local : Lien entre générations : on rapporte dans les familles de Flines-lez-Mortagne que les enfants y étaient menés, jadis, pour demander protection avant les rentrées scolaires ou la conscription militaire.

« Chez nous, la chapelle, c’est comme un abri bouton d’or entre les prés : on y allait pour souffler, confier ses peurs et remercier quand le malheur passait son chemin. » (Témoignage recueilli lors des Journées du Patrimoine 2017, source : Mémoire orale des Flinois).

Petites et grandes histoires autour de la chapelle Notre-Dame de la Scarpe

Plus qu’une simple halte, la chapelle fut – et est encore – le théâtre d’anecdotes attachantes. Voici quelques-unes de ces histoires échappées entre les pierres :

  • L’affaire du chapelet perdu (1939) – On raconte qu’à la veille de la Seconde Guerre mondiale, alors que l’ombre du conflit pesait sur la région, une petite Flinoise perdit son chapelet près de la porte de la chapelle. Plusieurs voisins y virent un signe, et le retrouvèrent quelques semaines plus tard, intact, en plein cœur d’un jardin, alors que les bombardements avaient eu lieu. Pour plusieurs anciens, cet objet retrouvait fut interprété comme une protection particulière accordée au quartier.
  • Le secret du cadenas – La tradition voulait que la clé de la chapelle change de main chaque année, lors d’un cérémonial discret entre anciens. Une manière de rappeler la vigilance collective, et d’éviter tout vol de la modeste statue, qui fut tout de même emportée, malheureusement, en 1984, avant d’être replacée grâce à une collecte.
  • Fêtes et veillées – Jusqu’aux années 1960, la Saint-Jean d’été était l’occasion de processions colorées, mêlant chants en patois, dépôt de gerbes de blé, et prières juvéniles pour les récoltes. Une coutume qui, sans être totalement oubliée, se perpétue à travers de petites cérémonies confidentielles aujourd’hui.

Visiter la chapelle aujourd’hui : quelques conseils pour une découverte authentique

Un détour par la chapelle Notre-Dame de la Scarpe, c’est renouer avec la lenteur des chemins ruraux. Pour ceux qui souhaitent y faire une halte, voici quelques informations pratiques :

  • Adresse : Rue de la Scarpe, à la sortie du village direction Mortagne-du-Nord (coordonnées GPS : 50.4833, 3.4167)
  • Visite libre : La chapelle est accessible toute l’année, de l’aube au crépuscule.
  • Conseil : Privilégier le matin ou l’heure dorée du soir, quand les oiseaux s’égayent autour de la rivière et que la lumière caresse les briques.
  • Respect : Merci de refermer délicatement la porte et de ne rien déplacer à l’intérieur (les objets laissés sont souvent des ex-voto).

Il existe un petit sentier piétonnier depuis l’ancienne gare, longeant la Scarpe sur près de 1,2 km (prévoir des bottes l’hiver : le chemin est parfois boueux… mais c’est aussi ce qui en fait le charme !)

  • Points d’intérêt tout proches :
    • Le vieux moulin (visible par beau temps depuis le chemin)
    • Les peupleraies de la Scarpe, havre pour les hérons et martins-pêcheurs
    • Les barques traditionnelles, amarrées comme autrefois sur la berge (surtout en mai-juin)

Ouvrir une porte sur le passé… et l’avenir

Pourquoi cette petite chapelle touche-t-elle encore aujourd’hui ? Peut-être parce qu’ici, la mémoire collective se mêle aux histoires intimes : souvenirs d’enfance, traces laissées au passage des générations, gestes simples transmis au fil du temps.

Visiter la chapelle Notre-Dame de la Scarpe, c’est aussi rappeler que notre patrimoine, si modeste soit-il, fait vibrer le cœur d’un village bien au-delà de ses pierres. Alors, prenons le temps d’y revenir, de raconter à nos enfants ces récits cueillis à la lisière des prés, et d’ouvrir ensemble, le temps d’une balade, une parenthèse hors du tumulte, là où chaque pierre évoque un passé qui ne demande qu’à être partagé.

Sources : Archives municipales de Flines-lez-Mortagne, « Petites chapelles rurales du Nord » (Yves-Marie Hilaire, éditions La Voix du Nord, 2003), témoignages recueillis lors des Journées du Patrimoine 2017 et 2022.

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