Marcher dans les traces du souvenir : les commémorations à Flines-lez-Mortagne

19/03/2026

Quand l’histoire se raconte sur la place du village

Imaginez le cœur de Flines-lez-Mortagne, un matin de novembre, quand la brume taquine encore les pavés de la place. Se dressent alors les silhouettes familières devant le monument aux morts : anciens en veste sombre, enfants encapuchonnés, élus et représentants de la commune, tous rassemblés dans une même attente. Ce que l’on s’apprête à vivre n’est ni tout à fait cérémoniel, ni simplement intime : c’est une rencontre avec nos souvenirs collectifs, un fil tendu entre générations. À Flines-lez-Mortagne, les commémorations sont un rituel solide, ancré depuis des décennies, une façon de rendre tangible ce que l’on a transmis sans papier officiel : la mémoire du village.

Le calendrier des commémorations à Flines-lez-Mortagne

Ici, le chant des cloches rythme le calendrier de la mémoire. Flines-lez-Mortagne, comme beaucoup de villages de France, suit un fil rouge de dates que nul n’oublie :

  • 11 novembre : Armistice de 1918 — La plus solennelle. Toute la commune ou presque converge devant le monument aux morts, sur la place de l’église. On y lit les noms, ceux des Flinois tombés pour la France lors de la Grande Guerre.
  • 8 mai : Victoire de 1945 — Un hommage à ceux qui ont combattu pour la liberté, en particulier les résistants locaux et les familles marquées par l’Occupation.
  • Journée nationale du souvenir des victimes de la déportation : le dernier dimanche d’avril, plus intime, souvent en présence du conseil municipal et d’élèves de la commune.
  • Commémoration de l’Appel du 18 juin 1940 — Où l’esprit du « Nord réfractaire » résonne encore sous la voûte du ciel campagnard.

À Flines, chaque date s’habille de gestes précis : dépôt de gerbe, minute de silence, Marseillaise chantée à voix basse ou haute suivant les années, parfois accompagnée d’un trompettiste local. Mais plus qu’un rituel, c’est une parenthèse partagée.

Le monument aux morts : pierre d’histoire, pierre d’émotion

Le monument aux morts, place du village, n’a rien de tape-à-l’œil. Une colonne de pierre - sobre, surmontée d’une croix de guerre – porte les noms des 46 enfants de Flines tombés lors de la Première Guerre mondiale, puis ceux de la Seconde Guerre et des conflits d’Afrique du Nord.

Ce monument, inauguré en 1921 (source : Mémoire des Hommes), fut érigé alors que le village se remettait à peine des terribles années 1914-1918. Lors de son inauguration, des dizaines de familles endeuillées étaient présentes, chacune retrouvant un nom, parfois plusieurs, gravés dans la pierre. Aujourd’hui, la tradition veut qu’on y dépose chaque année bouquets de fleurs et petits cailloux, mémoire vivante et discrète.

Des commémorations à hauteur d’enfant : la place de l’école et de la jeunesse

À Flines, on a compris depuis longtemps que la mémoire ne se perpétue pas que par les anciens. Les enfants de l’école élémentaire, souvent accompagnés de leurs instituteurs, forment une large part du cortège lors des cérémonies. Avant chaque 11 novembre, les enseignants prennent le temps de raconter à leurs élèves qui étaient ces soldats dont les noms s’effacent parfois sur la pierre. On travaille sur des lettres de Poilus, sur la vie au village pendant l’Occupation, sur les histoires que leurs grands-parents murmurent encore à la veillée.

Des activités ont régulièrement lieu en classe, notamment au moment du centenaire de la Grande Guerre : exposés, créations d’affiches commémoratives, ou encore plantations de petits arbustes pour symboliser la vie qui continue. Une partie de cette transmission a été mise en avant lors de l’année 2018 (source : bulletin municipal 2018 de Flines-lez-Mortagne).

La parole des anciens, gardiens de la mémoire orale

Les cérémonies à Flines-lez-Mortagne ne seraient rien sans la parole, ni sans la chaleur du bouche-à-oreille. Certains habitants, témoins directs de la Seconde Guerre mondiale ou enfants de résistants, racontent volontiers leurs souvenirs lors des rassemblements officiels comme autour d’un café.

  • Mme Leroux, par exemple, se souvient parfaitement du 2 septembre 1944, jour de la libération de Flines par les Britanniques : « On a entendu les chars dans la rue, et d’un coup, c’était la liesse. »
  • M. Delvigne raconte comment la mairie fut réquisitionnée par les Allemands durant l’Occupation, et la solidarité discrète des Flinois autour du moulin.
  • Certains, enfin, transmettent la mémoire des « Malgré-nous », ces jeunes du Nord incorporés de force dans l’armée allemande, que peu connaissent : une histoire locale à réhabiliter.

Lors des veillées d’hiver, ces anecdotes prennent une ampleur particulière. Elles se transmettent, se répètent, et continuent d’enrichir la mémoire collective, bien au-delà des seules cérémonies officielles.

L’engagement des associations et du conseil municipal

Ce tissu de mémoire ne tient pas seul. L’Amicale des Anciens Combattants, fondée en 1924, joue un rôle clé dans l’organisation et la préservation de ces rituels. Présidée aujourd’hui par un petit-fils de Poilu, elle fédère une quarantaine de membres actifs (donnée issue de la brochure associative 2023), qui se mobilisent pour chaque commémoration.

  • Logistique : préparation du cortège, coordination avec la mairie et les écoles
  • Lecture des textes officiels et de témoignages de familles locales
  • Expositions temporaires, notamment lors des grands anniversaires (1918, 1944, etc.)

Le conseil municipal – à travers sa commission culture et patrimoine – s’assure aussi que les monuments et tombes soient entretenus. À noter : les bénévoles prennent en charge chaque année le nettoyage du monument aux morts avant le 11 novembre.

Gestes et symboles : traditions, musique et émotions partagées

À Flines, on ne se contente pas de suivre le protocole national. Chaque cérémonie est ponctuée de petits gestes de village :

  • Une gerbe de fleurs, souvent composée de dahlias du jardin communal, est remise par les enfants du village.
  • Un trompettiste amateur, parfois l’instituteur, joue “La Sonnerie aux morts”, en clôture du recueillement.
  • Un lâcher de ballons colorés, symbolisant l’espoir, s’est ajouté certaines années, à l’initiative des anciens combattants pour associer davantage la jeunesse.
  • Au retour, un « vin d’honneur » réunit les participants dans la salle communale : mots de bienvenue, partages d’anecdotes, et cette fameuse brioche locale qui fleure bon les souvenirs d’enfance.

Pourquoi célébrer la mémoire collective ?

À Flines-lez-Mortagne, la transmission ne relève pas seulement de l’obligation. Il s’agit d’entretenir un lien social, une cohésion : rappeler que le village, s’il a changé, porte encore les cicatrices et les espoirs du passé. En 1921, lors de l’inauguration du monument, Flines comptait moins de 800 habitants. Aujourd’hui, la commune s’approche des 1400 résidents (source : INSEE 2023), mais l’esprit de communion reste intact.

La mémoire collective agit ici comme un repère. Pour les nouveaux arrivants, c’est un point d’ancrage ; pour les anciennes familles, un passage de relais. Chacun y trouve une histoire à se raconter. Et dans une époque où l’individualisme guette, ces moments partagés redeviennent précieux.

Quelques conseils pour participer ou découvrir ces temps forts

  • Horaires : les cérémonies officielles débutent généralement à 11h sur la place du village (rendez-vous devant la mairie).
  • Accès : parking facile devant l’église ; le village étant petit, tout se fait à pied.
  • Pensez à arriver cinq minutes en avance pour prendre le temps d’échanger quelques mots ou d’écouter une anecdote.
  • Des livrets (souvent réalisés par les enfants) sont parfois distribués lors des grandes commémorations.

Pour les familles, c’est aussi une belle occasion d’initier les plus jeunes à l’histoire locale et à l’importance de la citoyenneté.

Pérennité et nouveaux élans : la mémoire à l’épreuve du temps

À Flines-lez-Mortagne, les commémorations ne sont pas figées. D’année en année, elles s’enrichissent, évoluent, s’adaptent. Les générations passent, des jeunes participent aux lectures de noms, des anciens transmettent des carnets jaunis. S’il est un message à retenir, c’est que la mémoire n’appartient à personne : elle circule, elle vit, elle se redessine chaque année, à la faveur d’un 11 novembre brumeux ou d’un 8 mai ensoleillé.

On pourra dire que, dans notre village des bords de Scarpe, la mémoire collective se cultive comme un jardin : avec patience, attention, et une bonne dose d’humanité. Ceux et celles qui passent par Flines en repartent souvent avec un souvenir, un éclat d’histoire ou une émotion partagée. C’est peut-être tout le secret d’un village qui n’oublie jamais d’où il vient, et qui ouvre largement ses portes à celles et ceux qui veulent marcher, eux aussi, sur les chemins du souvenir.

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