Flines-lez-Mortagne : à la découverte de l’âme gothique et renaissante de l’église Saint-Michel

07/11/2025

L’église Saint-Michel : entre histoire villageoise et grande Histoire

Saint-Michel n’est pas une église comme les autres. Nichée au cœur de Flines-lez-Mortagne, elle veille depuis des siècles sur les villageois et la vallée. Sa silhouette, inimitable, s’explique par une histoire mouvementée, où le gothique flamboyant dialogue avec les séductions raffinées de la Renaissance.

  • Construction : la nef remonte au XVe siècle, en plein essor du gothique septentrional typique du Hainaut et de la Flandre française (source : base Mérimée, Ministère de la Culture).
  • Évolutions majeures : au XVIe siècle, un agrandissement rehausse le chœur et la tour reçoit son couronnement Renaissance : frises sculptées, pinacles et lucarnes ornées de coquilles.
  • Restaurations : les siècles suivants voient plusieurs campagnes de restauration – notamment après la Révolution et les guerres mondiales, dont les bombardements ont marqué le clocher.

Chaque génération y a laissé son empreinte, du maître-maçon gothique qui sculptait la pierre jusqu’aux artisans qui, après-guerre, ont reconquis les volumes effondrés ou effrités.

Un gothique du Nord, fait de lumière et de verticalité

Le gothique de Saint-Michel n’a rien de froid ou de distant. Il se veut audacieux mais aussi accueillant, à l’image de nos terres entre Scarpe et champs de blé. On distingue plusieurs signatures architecturales typiques :

  • Les arcs brisés : ils rythment la nef et le chœur, traçant dans la pierre une élévation vers la lumière, mais avec une générosité dans l’espace qui donne au visiteur une sensation d’ampleur et de confort.
  • Les voûtes en ogive : elles s’élancent comme les branches d’un tilleul, élégamment ramifiées. Cette technique, apparue au XIIe siècle, est ici magnifiée par des clés de voûte parfois sculptées de motifs floraux.
  • La tour-clocher carrée : sobre dans son assise, mais relevée par le décor de la Renaissance, elle forme un repère visible à des kilomètres, jouant son rôle symbolique de “lanterne du village”.
  • Les vitraux : les grandes baies gothiques accueillent aujourd’hui des vitraux du XIXe siècle, flamboyants mais inspirés par les tracés anciens, redonnant des couleurs aux jours gris du Nord.

Quelques chiffres parlants

  • Hauteur intérieure de la nef : environ 12 mètres.
  • Longueur totale de l’édifice : 33 mètres.
  • Nombre de travées gothiques originelles conservées : 5.
  • Matériaux locaux : pierre de Lezennes pour les murs, brique en remplissage dans le transept.

Le souffle de la Renaissance : élégances nouvelles, détails et symboles

Si l’on lève le regard au-dessus du portail ou en longeant la façade sud, un autre style se fait jour. La Renaissance n’a pas bousculé la structure, mais elle y a glissé ses codes raffinés :

  • Décors sculptés : frises de feuilles d’acanthe, coquilles Saint-Jacques, pilastres et médaillons ornent les lucarnes et les rampants du portail occidental.
  • Fenêtres à meneaux : le chœur est percé de fenêtres où la pierre se découpe en losanges, typique de l’influence Renaissance dans les Flandres au XVIe siècle.
  • Portail occidental : rarement ouvert sauf aux grandes occasions, il arbore un entablement décoré signé de la date de 1548, réputé être la marque d’un atelier de sculpteurs valenciennois (source : “Les églises du Hainaut français”, Y. Cariot, 2004).

Une anecdote locale à propos du dragon et du clocher

On raconte qu’une “gargouille-dragon”, jadis sculptée en surplomb du porche, aurait protégé l’église et les villageois contre la foudre et les esprits malveillants… mais aurait disparu lors des restaurations du XIXe siècle, emportant avec elle son mythe populaire.

Lumière, sons et silence : l’intérieur, entre recueillement et mémoire

Lorsque l’on franchit la porte (ouverte pour la messe dominicale et lors des journées européennes du patrimoine), une fraîcheur saisit, presque apaisante. On s’arrête un instant pour écouter le plancher craquer sous les pas, regarder le puits de lumière descendre du transept, lire les pierres usées du seuil. L’œil s’attarde alors sur :

  • La chaire baroque (XVIIe siècle): sculptée dans le chêne, elle raconte le passage des styles, où le foisonnement décoratif dialogue avec la sobriété gothique environnante.
  • Le maître-autel : en marbre noir et or, il est le fruit d’un legs de 1784, offert par un ancien seigneur de la paroisse, témoignage du lien entre noblesse locale et vie religieuse.
  • Le chemin de croix : œuvre anonyme de la fin du XIXe siècle, il se distingue par des scènes très expressives, où l’on reconnaît parfois l’un ou l’autre visage de Flinois ayant servi de modèle, à ce qu’on raconte encore au café du coin.
Élément Style Période Anecdote
Portail occidental Renaissance 1548 Signé par sculpteurs de Valenciennes
Nef et voûtes Gothique flamboyant 1450-1500 Voûtes sur croisée d’ogives
Vitraux Néo-gothique XIXe siècle Offerts par des familles flinoises
Chaire Baroque XVIIe siècle Récupérée d’une abbaye proche

Petits secrets de visite et conseils pratiques

  • Heures d’ouverture : L’église Saint-Michel est généralement ouverte chaque dimanche matin. Des visites guidées gratuites sont organisées lors des Journées du Patrimoine et lors de certaines fêtes votives du village (consulter le panneau d’affichage communal ou la page Facebook de la mairie).
  • Accès : Stationnement facile sur la petite place devant l’église. Accès PMR possible pour la nef (attention au seuil légèrement élevé du portail principal).
  • À ne pas manquer : grimper (lorsque cela est exceptionnellement autorisé) jusqu’à la tribune pour admirer la charpente et le panorama sur la vallée de la Scarpe.
  • Durée conseillée de visite : 30 à 50 minutes, selon l’envie d’écouter le silence ou de capter chaque motif sculpté.

Pierre, mémoire et transmission : l’église Saint-Michel, témoin vivant du village

L’église Saint-Michel n’est pas seulement un ensemble de pierres. C’est un récit que chaque génération de Flinois continue d’écrire — en célébrant un mariage sous ses voûtes, en allumant un cierge pour un proche, en écoutant les cloches rythmer les saisons. L’architecture, tout en verticalité, en motifs nerveux ou en rondeurs de la Renaissance, invite à la contemplation et à la curiosité.

Loin d’être figée, elle vit au rythme des restaurations, des tempêtes qui griffent parfois ses ardoises, et des fêtes villageoises qui la font vibrer jusque sur ses vieux bancs. C’est là toute la magie de cette église : être à la fois un repère, une protection, mais aussi un livre d’images ouvert sur le passé et sur notre présent. Qu’on soit de passage ou enfant du pays, l’église Saint-Michel invite, à sa façon bien particulière, à lever les yeux, à ouvrir son cœur et à s’émerveiller du patrimoine qui nous rassemble.

  • Sources principales : base Mérimée (Ministère de la Culture), “Les églises du Hainaut français” (Y. Cariot), brochures communales, archives paroissiales de Flines-lez-Mortagne.

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