Les familles meunières de Flines-lez-Mortagne à travers les siècles
À Flines-lez-Mortagne, le métier de meunier ne s’improvisait pas. Il se transmettait souvent de père en fils, ou se léguait au gendre, à la faveur d’un mariage ou d’un décès. En fouillant dans les registres paroissiaux et dans les minutes notariales, certains noms traversent le temps avec constance. Voici les familles qui ont marqué de leur empreinte cette aventure tournée vers le vent.
La famille Focant : lignée emblématique des XVIIIe et XIXe siècles
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Jean-Baptiste Focant (milieu du XVIIIe siècle) : Mentionné dès 1760, Jean-Baptiste Focant dirige le moulin de Flines à une époque charnière. Sa signature revient fréquemment dans les actes notariés où il apparaît comme « meunier du moulin de Flines ».
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Godefroy Focant (première moitié du XIXe siècle) : À la suite de son père ou de son oncle, Godefroy Focant prend les commandes du moulin. Il est recensé lors des levées cadastrales de 1832 comme propriétaire-exploitant du moulin à vent. Il se distingue par une gestion stricte, mais la tradition orale rapporte aussi son humour et sa manière de régler de petites disputes entre voisins autour d’un verre au cabaret voisin.
La famille Focant s’est éteinte à Flines côté moulin au début du XXe siècle, mais plusieurs descendants sont restés dans le village, devenant agriculteurs ou maçons. Certaines familles de la région leur doivent même leur nom.
Les Caron : présence et traditions dans la seconde moitié du XIXe
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Léandre Caron (actif vers 1860-1885) : Le patronyme Caron apparaît dans les actes d’état civil à partir de 1859, date à laquelle Léandre Caron rachète le moulin à la famille Focant. Fils de meunier à Mortagne, il ramène avec lui de nouvelles méthodes : il introduit notamment le tamis mécanique, ce qui révolutionne la farine produite ici (Source : Fédération des Moulins du Nord).
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Pierrette Caron : C’est elle qui, lors de la crue de 1883, sauve la meule des eaux en improvisant une digue de fortune avec les sacs de blé – une anecdote toujours citée lors des visites scolaires.
Les Caron ont entretenu le moulin jusqu’en 1907, année où le vent s’est fait rare et où l’industrialisation a commencé à gagner la vallée. On raconte encore que, jusqu’à la fin, les Caron ouvraient les ailes le dimanche matin, « juste pour faire plaisir aux gamins ».
Des familles anonymes, des femmes à l’ouvrage
Plusieurs familles moins connues se sont relayées au début du XXe siècle, alors que l’usage du moulin déclinait. Parmi elles, la famille Devos, brièvement, et les Hennion, venus de Marchiennes, qui tinrent le moulin durant la Grande Guerre.
Une mention spéciale doit être adressée aux femmes de meuniers : elles assuraient l’achat du grain, la distribution de la farine, parfois même l’entretien du mécanisme pendant que les hommes étaient mobilisés ou malades. Il subsiste une photo prise en 1917 où l’on voit Marie Hennion en train de graisser les engrenages, robe roulée aux genoux, visage couvert de suie et d’un large sourire. La photo est conservée par la Bibliothèque Municipale d’Orchies.