Les fermes-carrées de Flines-lez-Mortagne : un voyage au cœur de la campagne d’hier

19/01/2026

L’empreinte des fermes-carrées : un trait d’union avec le passé

Pause. Imaginons-nous, un instant, franchissant le seuil d’une ferme-carrée typique du Hainaut ou de la Vallée de la Scarpe… Ici, ni fioritures ni extravagances architecturales, mais une impression de force tranquille. Les fermes-carrées sont reconnaissables entre mille :

  • Plan rectangulaire ou carré : Les bâtiments d’exploitation ferment une cour intérieure, accessible par un large porche souvent daté.
  • Briques rouges locales : Issues des argiles des vallées environnantes, elles donnent ce ton chaleureux aux murs, parfois ponctués de pierres blanches calcaires aux angles.
  • Tuiles flamandes à dominante orangée : Elles colorent les toits pentus, patinés par les hivers et le soleil du Nord.
  • État d’autarcie : Chaque aile de la ferme abritait une fonction différente – grange, étable, habitation, écurie, cellier – permettant à la famille de vivre presque en autarcie toute l’année.
  • Puits traditionnel ou citerne dans la cour centrale, point de rencontre et de sociabilité quotidienne.

Ce modèle n’est pas n’importe quel folklore local : il répondait à des nécessités impérieuses, économiques et sociales. Selon l’Inventaire général du patrimoine culturel des Hauts-de-France et la base Mérimée du Ministère de la Culture, ces fermes datent pour la plupart des XVIIIe et XIXe siècles ([source](https://www.pop.culture.gouv.fr/)), époque où le village agricole tourne à plein régime. À Flines, nombreuses sont les familles à pouvoir retracer toute leur généalogie dans ces murs.

Une vie rythmée par la ferme

Approchons. Dès l’aube, la vie s’éveille autour de la cour. Autrefois, nul besoin de réveil : le chant du coq, le pas lourd de la vache ramenée de la pâture, ou la cloche tinte pour appeler les hommes aux champs.

Dans la grande maison d’habitation, souvent placée côté sud pour profiter au mieux de la lumière, la famille prend le petit-déjeuner autour d’une grande table où la tartine était trempée dans le café – longue tradition du Nord. Les enfants, avant de prendre le chemin de l’école, participaient à la traite ou nourrissaient la basse-cour. Les femmes faisaient leur tournée de laiteries, tandis que les hommes s’affairaient déjà à la préparation des attelages ou à l’entretien du matériel.

Tout était question d’organisation :

  • Le rythme saisonnier : semailles au printemps, fenaison en été, moissons, puis récolte des betteraves et pommes de terre à l’automne, et soins au bétail l’hiver.
  • Des tâches au cordeau : chaque membre de la famille avait un rôle bien défini.
  • La cour pavée servait à battre le blé, sécher à l’abri les haricots et accueillir les charrettes surchargées de récoltes ou de foin.

Un détail qui frappe aujourd’hui : on recomptait 28 fermes-carrées sur l’actuel territoire de Flines-lez-Mortagne à la fin du XIXe siècle (source : Archives départementales du Nord), alors que le village comptait à peine 1200 habitants. Preuve que la terre faisait vivre presque chaque famille, entre culture céréalière, élevage laitier et maraîchage…

Un patrimoine architectural singulier, solide comme un roc

À la différence des fermes à cour ouverte du reste de la France, la ferme-carrée offre une certaine défense : en période d’insécurité, on fermait le porche et la cour devenait forteresse (source : L’architecture rurale en Nord-Pas-de-Calais, J.-C. Dubois).

À Flines, certains porches monumentaux affichent fièrement leur millésime : 1812, 1847, 1875… parfois assortis de la devise familiale, gravée dans la brique. Ce sont encore, aujourd’hui, les premiers témoins que le village propose à l’attardé du soir, longeant la rue principale ou s’égarant dans la campagne :

  • Le seuil surélevé protègeait des crues (la Scarpe étant voisine, les débordements n’étaient pas rares…)
  • Des portes charretières taillées pour laisser passer bœufs et machines agricoles de plus en plus massives au fil du XIXe siècle
  • De petits détails à dénicher : niches à pélerin, linteaux décorés, ancres de métal formant la date ou les initiales du propriétaire

Fermes, familles et traditions : une mémoire du vivre-ensemble

Dans la tradition flinoise, la ferme n’était pas qu’un outil de production. C’était aussi un lieu de passages et de retrouvailles :

  • Veillées d’hiver : autour de la cheminée, on épluchait pommes de terre et on racontait les légendes locales, comme celle du meunier farceur de la Scarpe.
  • Bénédiction du bétail à la Saint-Vaast, fréquent moment de rassemblement (et d’occasion pour transmettre quelques astuces de soins… parfois plus proches du remède de grand-mère que de la méthode Pasteur !).
  • Transmission orale : chaque ferme avait ses récits, ses secrets pour la conservation du lait, la taille des fruitiers ou la fabrication du célèbre fromage de Bergues – importé comme tradition du proche Mont-des-Cats.

Au fil du temps, certains usages ont changé mais il n’est pas rare, encore aujourd’hui, de retrouver le souvenir d’une grande fête de moisson dans la cour d’une ferme, immortalisée sur une photo sépia, ou d’entendre un Flinois évoquer “le hangar de grand-père Prosper”, qui abritait autrefois la première batteuse à vapeur du village (d’après les archives orales recueillies par la Société d’Histoire locale).

Quand la ferme-carrée s’adapte (ou résiste) au monde moderne

Il est fascinant de voir comment ces bâtisses résistent au temps. Certaines fermes-carrées de Flines sont encore en activité, perpétuant la tradition agricole, tandis que d’autres connaissent une seconde vie :

  • Conversion en gîtes ruraux, chambres d’hôtes ou ateliers d’artisans.
  • Mise en valeur patrimoniale : plusieurs circuits de randonnée proposent une découverte guidée des anciennes fermes-carrées, comme le Circuit du Patrimoine de Flines (départ devant l’église, parcours balisé de 7 km – plan disponible en mairie).
  • Journées du Patrimoine : ouverture exceptionnelle de certaines cours habituellement privées, souvent accompagnée d’expositions de photos anciennes ou de dégustations de produits du terroir (infos sur www.tourisme-scarpe-escaut.fr).

Pour les curieux, n’hésitez pas à flâner à vélo sur les petites routes bordées de haies qui relient Flines aux hameaux voisins : la plupart des fermes-carrées subsistantes se découvrent au détour d’un virage, invitation à un petit retour dans le temps.

Plongée dans le quotidien : anecdotes et histoires de fermes à Flines

Derrière chaque façade, il y a mille histoires à raconter. En voici quelques-unes, glanées auprès des anciens du village ou dans les archives locales :

  • En 1911, lors d’un hiver particulièrement rude, toute une ferme s’est transformée en atelier clandestin pour la fabrication de “chicorée grillée” (source : Chroniques rurales du Nord, E. Debuyser, 1955).
  • La tradition voulait que l’on plante un arbre (souvent un noyer ou un tilleul) devant l’entrée principale après chaque naissance – un vrai registre vivant des familles !
  • Dans les années 1930, plusieurs fermes ont été équipées de générateurs à essence pour illuminer cour et hangars : la “fête de la lumière” organisée à cette occasion était l’événement du hameau tout entier.

Redécouvrir Flines-lez-Mortagne à travers ses fermes-carrées

Les fermes-carrées de Flines-lez-Mortagne ne sont pas seulement des vestiges du passé : ce sont des racines, des repères, des témoins d’une vie où chaque saison apportait son lot de peines et de joies. Aujourd’hui, elles invitent à lever les yeux, à pousser la grille d’une cour pavée, à écouter les murs murmurer les souvenirs du temps où le village battait au rythme des moissons et des naissances.

Derrière chaque portail, c’est un petit fragment d’humanité qui subsiste. Passants d’un jour ou habitants de toujours, nous sommes les héritiers discrets de ces histoires. Alors, la prochaine fois qu’un porche en brique s’ouvre devant vous à l’orée d’un champ, n’hésitez pas à vous arrêter, ne serait-ce qu’un instant. On entend parfois, dans le silence des campagnes, le bruit sourd des sabots sur les pavés… qui sait ce que ce lieu voudra bien vous raconter ?

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