Le moulin, cœur battant de la vie flinoise
Difficile aujourd’hui d’imaginer le rôle immémorial du moulin dans la microéconomie du village. À Flines-lez-Mortagne, comme ailleurs, la présence d’un moulin n’était pas seulement un avantage : c’était une nécessité vitale. Allons voir de plus près comment cette “machine à pain” s’articulait avec le quotidien, du lever du soleil jusqu’au crépuscule.
Un service indispensable : la mouture, de la graine au pain
- Collecte des grains : Chaque famille de cultivateurs apportait au moulin ses sacs de froment, seigle ou orge. La scène se répétait chaque semaine : files de charrettes, rires d’enfants jouant sur la rampe, discussions animées autour du poids des sacs.
- Mouture : Le meunier, personnage central, veillait à la qualité de la transformation. On racontait que le bruit sourd des meules était le pouls du hameau.
- Redistribution : Farine, son, mais aussi parfois huile, repartaient ensuite vers les foyers, ou prenaient la direction du four communal.
Selon le recensement agricole de 1862 (La Statistique Agricole dans le Nord, Archives nationales), le moulin de Flines produisait en moyenne 80 à 120 quintaux de farine par semaine, de quoi nourrir plusieurs centaines de familles. Nombre de ces familles vivaient dans un rayon de moins de deux kilomètres, profitant du réseau de petits chemins encore visibles aujourd’hui.
Le meunier : un personnage à part
Le meunier de Flines était sans doute l’un des hommes les plus en vue du village. Souvent surnommé “le berger du vent”, il cumulait plusieurs casquettes : artisan, gestionnaire, parfois médiateur lors des querelles de voisinage ! Un dicton local, recueilli lors d’une veillée par l’historien Henri Micoud (Les Parlers et Savoirs Populaires du Valenciennois), disait : “Quand le meunier chante, c’est qu’il a bu à la pinte de son sac.” Traduction : l’homme savait festoyer, surtout lors de la Saint-Martin ou de la moisson.
Le registre des contributions de 1806 mentionne la famille Delacourt, meuniers sur trois générations. Leur mémoire flotte encore parfois dans les souvenirs des anciens, qui racontent que la petite maison du Moulin abritait la meilleure fête de la semaine.