Balades au fil de la Scarpe : récits, légendes et secrets de Flines-lez-Mortagne

13/03/2026

La Scarpe : une rivière qui façonne le territoire depuis des siècles

Longue de 94 kilomètres, la Scarpe naît à Berles-Monchel, file jusqu’à Douai puis serpente vers Mortagne-du-Nord avant d’épouser l’Escaut. Mais pour comprendre ce qui fait son âme ici, il faut la contempler du haut du pont de Flines-lez-Mortagne, un matin de marché ou lors d’une journée de printemps où les oies fuligulent sur la berge.

La Scarpe, au Moyen Âge, était une artère essentielle pour le transport du charbon, des céréales, du lin. Elle fut canalisée dès le XIIIe siècle (source : Association pour l’Histoire de l’Hydrologie), marquant le paysage d’ouvrages d’art impressionnants. Les moulins jalonnaient la rivière, et les “barques à cornet”, typiques embarcations locales, y circulaient en tous sens. On racontait qu’on lisait le futur des récoltes dans la couleur de l’eau, que les anciens suivaient comme un rythme de vie.

Histoires et légendes au fil de l’eau

Le secret des sources et des petites chapelles

Parmi les promenades favorites des enfants du pays, la découverte des chapelles nichées près de l’eau garde une place à part. Celle de Sainte-Marie, simple oratoire en briques rouges, veille sur la Scarpe depuis des générations. La légende locale veut qu’une statue de la Vierge, perdue lors d’une inondation au XVIIIe siècle, fut retrouvée intacte à cet endroit précis. Depuis, les promeneurs laissent parfois un bouquet sauvage, en souvenir.

Plus loin, on croise la fontaine Saint-Géry, dont l’eau était réputée guérir les maux de gorge – une croyance transmise par les lavandières. Elles venaient jadis rincer le linge, tout en transmettant ces gestes et histoires du “bon vieux temps”.

Les “engaigneux” : ces revenants qui hantent la brume

Quand la nuit tombe, certains anciens murmurent encore des contes de “l’engaineux” : cet esprit farceur ou malfaisant, selon qu’on veuille faire frissonner les enfants ou simplement rire entre voisins. On le disait capable de faire perdre le chemin à quiconque s’attardait au bord de l’eau après la tombée du jour.

De telles superstitions, héritées d’une époque où la Scarpe débordait plus souvent qu’aujourd’hui, rappellent que la rivière fut aussi, parfois, redoutée. Une veillée d’histoires, près de l’eau, a toujours ce parfum d’aventure mêlé de prudence respectueuse.

Du labeur quotidien aux fêtes sur les berges

Vie de batelier, vie de pêcheur

La Scarpe, c’est la mémoire des bateliers. Jusqu’aux années 1950, les familles vivaient sur l’eau, à bord de péniches qui faisaient office de maison principale. Les enfants naviguaient entre deux écluses avant de rejoindre l’école du village, tandis que les hommes chargeaient charbon ou grains à la main. Aujourd’hui, il reste encore quelques habitations flottantes, témoignages silencieux d’une époque où l’on disait fièrement “Fli’nez, c’est la Scarpe !” — comprendre qu’ici, la rivière, c’est la vie.

La pêche fait aussi partie du récit local. Brochets, anguilles, sandres peuplaient ces eaux — certains gardent en mémoire la “prise du siècle”, un brochet de plus d’1,20 m, accroché non loin du pont de Flines en 1986 (source : La Voix du Nord). Autour de la pêche, rendez-vous et fêtes improvisées rythmaient les saisons.

La Fête de l’eau et les traditions retrouvées

Chaque année, une fête met à l'honneur la rivière et ses riverains : la Fête de l’Eau, événement désormais rituel où se mêlent démonstrations nautiques, dégustations de produits locaux (la fameuse tarte au papin et le boudin noir y trouvent toujours preneurs !), et récits collectifs autour du passé flinois. À cette occasion, les anciens ressortent des photos où l’on croise les “picards” canotiers, coiffés de leur casquette, et la jeunesse prolonge les traditions au son des fanfares.

  • Date habituelle : dernier week-end de juin
  • Lieu : Berges de la Scarpe, près du pont principal
  • Ambiance : familiale et bon enfant, stands artisanaux, balades nautiques

Récits historiques : résistances et solidarités au fil de l’eau

La Scarpe, chemin de contrebande et d’espoir

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la Scarpe fut le théâtre de nombreux passages clandestins. Grâce à des barques silencieuses, la Résistance permit à plusieurs familles, juives pour certaines, de rejoindre la Belgique toute proche, en profitant de la brume pour dissimuler leur trace (source : Archives de la Résistance Nord-Pas-de-Calais). Une plaque commémorative existe aujourd’hui non loin de l’ancienne écluse, simple pierre gravée pour rappeler ces heures graves.

L’épisode du drame de 1905

Parfois, la Scarpe se rappelle à la mémoire collective par des tragédies, comme celle du 6 février 1905. Ce jour-là, la crue emporta le pont de Flines, coupant le bourg de ses voisins et provoquant la mort de deux villageois, surpris en tentant de sauver leur bétail. Cet événement, relayé dans les colonnes de La Croix du Nord le lendemain, amena de grands travaux de renforcement des berges et une nouvelle solidarité villageoise encore célébrée aujourd’hui.

Flines-lez-Mortagne au rythme de la Scarpe : balades, patrimoine et nature

Patrimoine bâti : moulins, écluses et fermes fortifiées

Le parcours de la Scarpe à Flines, c’est aussi celui des bâtis remarquables, témoins de l’industrie et de l’agriculture du Val de Scarpe :

  • Le moulin de la Scarpe : aujourd’hui disparu, il arrosait autrefois la commune, fournissant farine et emploi à bons nombre de familles. Sa roue aurait, dit-on, tourné nuit et jour pendant plus de deux siècles.
  • L’écluse de la Porte d’Enfer : nom mystérieux, vestige d’un ouvrage du XVIIIe siècle, rénové par la communauté de communes. On raconte que l’éclusier, “l’vieux Dany”, n’a jamais quitté son tablier, même lors des crues hivernales.
  • Les fermes de la rue du Pont : plusieurs arboraient jadis des ferronneries à motif de poissons, clin d’œil discret à la prolifération de la pêche autrefois.

Une balade sur le sentier qui longe la Scarpe permet d’admirer tout ce patrimoine et d’en sentir le parfum, fait de pierre, de bois et d’eau.

Conseils pratiques pour explorer la Scarpe et ses récits

  • Départ conseillé : Place de l’Église, direction le vieux pont (accès facile, parking gratuit à proximité).
  • Distance : Boucle de 6 kilomètres jusqu’aux frontières de Mortagne-du-Nord.
  • À ne pas manquer : la chapelle Sainte-Marie, l’écluse de la Porte d’Enfer, les bancs d’observation pour oiseaux, souvent animés au printemps.
  • Saison idéale : Mars à juin pour l’explosion des couleurs et la montée des eaux, ou septembre pour la quiétude retrouvée.

Quand la Scarpe inspire aujourd’hui : regards et initiatives locales

De nombreux habitants œuvrent pour transmettre ce patrimoine flinois : balades commentées, expositions photographiques, ateliers autour des récits de la Scarpe. L’école du village propose chaque année un projet autour de la mémoire de l’eau, en faisant revivre d’anciennes histoires ou en invitant les enfants à découvrir la faune et la flore typiques (martins-pêcheurs, libellules, iris des marais).

Plusieurs associations, telles que le Parc naturel régional Scarpe-Escaut, organisent également des sorties “à la croisée des histoires”, qui permettent d’écouter les conteurs locaux, mais aussi d’apprendre à reconnaître les arbres remarquables ou de goûter à la cuisine du terroir préparée au bord de l’eau.

Un territoire à histoires, à vivre et à partager

Marcher sur les rives de la Scarpe, c’est s’offrir le luxe rare d’attarder son regard là où beaucoup passent sans prêter attention. C’est accepter de se laisser imprégner par les récits transmis, les légendes murmurées et les traces discrètes du passé. À Flines-lez-Mortagne, la Scarpe n’est pas seulement un décor : elle est l’âme vivante du village. Chaque pierre, chaque reflet, chaque anecdote porte la mémoire d’une communauté qui sait mêler passé et présent. Un paysage à découvrir sans hâte, au fil de l’eau et des histoires à partager.

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