Secrets murmurés de la Scarpe : Légendes et récits à Flines-lez-Mortagne

12/03/2026

Aux sources des légendes flinoises : une tradition orale encore vivace

À Flines-lez-Mortagne, la légende n’est pas une curiosité de musée, ni même une simple tradition folklorique exhibée lors des kermesses. Non, elle coule, discrète, dans les histoires que l’on raconte sur le pas des portes, lors des veillées ou autour du dernier verre. Ici, la parole est une rivière : elle emporte les récits de jadis, les porte d’une génération à l’autre, et pendant un instant, tout le village semble se souvenir collectivement.

  • Transmission orale : Les récits ne se lisent pas. On les écoute, souvent sous la forme de témoignages ou de variantes racontées par les anciens.
  • Carrefour de croyances : Flines-lez-Mortagne se niche à la croisée du Hainaut, de la Scarpe et des terres flamandes – c’est donc un creuset d’histoires, d’origines et de vibrations différentes.
  • Des traces écrites rares : Peu d’archives sur ces légendes : il faut tendre l’oreille et interroger les habitants (source : Mémoire des Hommes, Gallica BnF).

Dans l’ombre des pierres anciennes : les récits autour de l’abbaye et de l’église

Qui parcourt la rue principale de Flines-lez-Mortagne ne peut manquer l’église Saint-Martin, solide témoin d’un Moyen Âge nourri de croyances et d’anecdotes. Mais pour croiser les véritables fantômes du passé, il faut longer les vestiges de l’ancienne abbaye de Flines, fondée au XIIIe siècle.

L’abbaye et son trésor caché

  • L’abbaye servit longtemps de refuge pour les populations lors des épidémies et des guerres (source : Revue du Nord).
  • Parmi les récits populaires, celui du trésor caché des abbesses revient constamment. On murmure qu’au moment de la Révolution, l’abbesse aurait dissimulé l’argenterie de l’abbaye, et qu’une suite d’indices inscrits sur les pierres guiderait les audacieux à la cache secrète. Plusieurs habitants ont même déclaré avoir vu des étincelles la nuit, au pied du chevet, ou de bizarres lueurs sur les fondations.
  • On dit aussi que certaines marches usées du vieux cloître résonnent des pas des sœurs parties trop tôt. Il arrive encore qu’on croie sentir, à l’aube, l’odeur d’encens mêlée à la fraîcheur des pierres : voilà comment naît la légende, entre réalité archéologique et sensibilité collective.

La clé du clocher et le sonneur invisible

  • Jusqu’à la première moitié du XXe siècle, les Flinois plaisantaient (et certains y croyaient dur comme fer) : à la Saint-Martin, il ne fallait pas traîner près du clocher, sous peine d’entendre « le son qu’on n’attend pas » — un carillon bref et désaccordé, censé annoncer malheur ou tempête.
  • L’histoire voudrait qu’un ancien sonneur, un dénommé Jean le Boiteux, revienne ponctuellement tenter de libérer sa propre âme prisonnière du clocher. On prétend qu’un soir de novembre, on l’a vraiment entendu jouer une dernière volée. Était-ce le vent ou la voix du passé ?

Légendes populaires : entre la Scarpe et les champs

La Scarpe façonne non seulement les paysages, mais aussi les peurs et les rêves du village. Elle invite à la prudence, elle nourrit des récits mystérieux, souvent portés par la brume des matins, quand tout est possible.

Le Mascarot : esprit des eaux

  • Le Mascarot est une créature facétieuse, mi-homme mi-silure, que l’on dit protectrice des berges mais aussi responsable des disparitions de seaux ou d’outils perdus au bord de l’eau.
  • Les plus âgés se rappellent que, pour tenir les enfants loin des courants traîtres, on racontait qu’il suffisait d’appeler trois fois « Mascarot » pour faire surgir la créature et disperser les curieux imprudents (source locale, tradition orale recueillie au sein du Cercle d’Histoire Régionale du Nord).
  • Certains pêcheurs murmurent encore avoir aperçu, par matin de brume, le dos bombé du Mascarot filer entre les nénuphars, comme une promesse — ou un avertissement.

L’âme errante du gué du « Pâturage »

  • Au niveau du gué du « Pâturage » (chemin d’accès encore emprunté par les promeneurs), la coutume voulait que l’on marque un temps d’arrêt. Il s’y serait noyé, selon la légende, un jeune berger à la fin du XIXe siècle. Depuis, toutes les veillées de la Saint-Jean entendent résonner un léger air de fifre, disparu sitôt la lune disparue derrière les saules.

Des saints, des miracles et des marqueurs religieux

Comme nombre de villages du Nord, Flines-lez-Mortagne est jalonné de calvaires et de chapelles, autant de petites pierres posées pour conjurer la peur et inviter la protection du ciel. Les histoires de saints et de miracles rythment encore le substrat du folklore local.

  • Saint-Martin : Le patron de la paroisse aurait, dit-on, protégé le village d’une invasion de rats quelque part au XVIIIe siècle ; certains témoignages racontent que l’eau de la source près de l’église était bénie et guérissait les fièvres jusqu’au début du XXe siècle (source : abbé Paul Decourchelle, « Histoire de Flines-lez-Mortagne », publiée localement en 1962).
  • Notre-Dame-du-Bon-Secours : Chapelle située à la sortie du bourg, elle attire les promeneurs. Une croyance persistante affirme qu’une prière discrète adressée à la Vierge protège de la sécheresse et assure une bonne moisson.
  • Certains témoignages parlent d’apparitions ou de « signes » — colombes blanches, cercles lumineux dans la rosée, clochettes tintant seules lors des orages d’été —, souvent interprétés comme des messages du ciel.

Croyances d’autrefois et petites superstitions paysannes

Le patrimoine de Flines-lez-Mortagne s’enrichit aussi de mille détails quotidiens, de pratiques et d’enseignements transmis de génération en génération. Il ne s’agit pas toujours de grandes légendes, mais d’usages et de croyances simples, parfois teintées d’humour ou de sagesse locale.

  • La Saint-Jean et le feu sacré : Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, le bourg organisait autour du 24 juin un grand feu pour éloigner les sorts et attirer la chance.Il fallait sauter trois fois au-dessus de la flamme (sans se brûler), jeter un brin de menthe dans le foyer, puis ramener un tison éteint chez soi en gage de protection pour la maison.
  • Les clous dans la porte : Tradition attestée dans certains quartiers : planter un clou dans le montant de la porte protège des mauvais esprits.
  • Les premiers œufs de Pâques : Offerts à la rivière pour s’assurer la prospérité du potager à la belle saison.
  • Les fenêtres ouvertes à la Toussaint : Pratique rare mais signalée jusque dans les années 1930 : ouvrir les fenêtres pour « laisser passer les âmes », signe de respect envers les anciens disparus.

Des balades « légendes et récits » à Flines : conseils pour les curieux

Envie d’aller plus loin et de marcher sur les traces des récits flinois ? Plusieurs itinéraires vous plongent dans cette atmosphère. Rien de tel qu’une balade au lever du jour ou en soirée, quand les ombres s’allongent et que le village semble prêt pour une nouvelle histoire.

  • Parcours patrimonial : Départ devant l’église Saint-Martin (visible tous les jours sauf durant les offices religieux). Compter 1h30 en flânant de la place au site de l’ancienne abbaye, en passant par la Scarpe.
  • Sentier du Mascarot : Accessible toute l’année, du pont de la Scarpe jusqu’au gué du « Pâturage ». Idéal en automne, quand les feuilles recouvrent à peine les histoires chuchotées par les berges.
  • Visite libre de la chapelle Notre-Dame-du-Bon-Secours : Ouverte le samedi après-midi ou sur demande à la mairie. Pensez à glisser un petit mot sur le registre, on dit que cela porte bonheur !

Pour préparer ces promenades, équipez-vous de bonnes chaussures (la rosée peut rendre les chemins glissants), d’un carnet de notes — au cas où une histoire vous serait contée sur la route —, et gardez toujours un œil ouvert : à Flines-lez-Mortagne, derrière chaque pierre ou chaque arbre, une nouvelle légende attend peut-être d’être partagée.

L’écho des récits : mémoire vive à transmettre

Si ces histoires semblent parfois floues ou teintées de merveilleux, c’est qu’elles sont le reflet des peurs, des espoirs, et de la tendresse de générations d’hommes et de femmes. Elles invitent à ralentir le pas, à prêter attention aux détails, aux regards échangés le soir — et à ce lien précieux qui se tisse, inlassablement, entre hier et aujourd’hui.

On dit qu’un village qui raconte est un village qui respire – et à Flines-lez-Mortagne, la mémoire, bien vivante, se renouvelle à chaque coin de rue, au fil des saisons ou lorsque sonne l’heure de la veillée. Reste à chacun de tendre l’oreille, d’entretenir la flamme, et pourquoi pas, de devenir le passeur d’un récit. Alors, lors de votre prochaine balade, qui sait ce que vous entendrez…

Sources principales :

  • Mémoire des Hommes (service d’archives du Ministère des Armées)
  • Gallica BnF
  • Revue du Nord, numéro 239, 1978
  • Abbé Paul Decourchelle, « Histoire de Flines-lez-Mortagne », éditions locales, 1962
  • Cercle d’Histoire Régionale du Nord

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