Flines-lez-Mortagne : Balade à travers ses lieux de mémoire et leurs histoires

17/12/2025

Sur les traces d’un passé millénaire : l’abbaye de Flines et ses vestiges

À l’écart du cœur du bourg, entre champs labourés et bosquets, se dressait jadis l’Abbaye de Flines — véritable phare spirituel et économique de la région. Fondée en 1234 par Marguerite de Flandre, l’abbaye accueillait une communauté de moniales cisterciennes. Le site a traversé les siècles, subissant la Révolution et les vicissitudes du temps. Aujourd’hui, seuls des fragments demeurent : pans de murs, traces d’anciennes voûtes, quelques pierres de taille recueillies par des passionnés (source : Société Archéologique de Flines-lez-Mortagne).

  • Pourquoi ce lieu compte ? L’abbaye fut au centre de la vie du village : on y venait pour le marché, pour le moulin à eau, pour les foires… Des générations de Flinois y furent employés ou s’y recueillaient.
  • Que peut-on voir aujourd’hui ? L’accès au site reste libre, mais il faut savoir regarder : un ancien porche aujourd’hui intégré à une ferme, quelques pierres sculptées dans les murs des granges voisines, et surtout cette impression de se tenir sur un sol chargé de siècles d’histoire.
  • Conseil pratique : Le mieux est de prévoir une balade à pied ou à vélo (parking place de la Mairie, accès puis à pied par le chemin rural du Moulin), privilégier le printemps pour la beauté des lieux.

La mémoire partagée : le Monument aux Morts et la place du village

Il suffit de longer la place du village pour croiser le regard grave des soldats figés dans la pierre. Sur leur socle, les noms s’alignent, sobres et émouvants : ceux des Flinois tombés lors des conflits de 14-18, puis de 39-45, parfois même dans d’autres – plus lointains – engagés dans des corps expéditionnaires ou disparus lors des combats d’Afrique du Nord (source : MémorialGenWeb, archives départementales du Nord).

  • Le Monument aux Morts, sculpté au lendemain de la Première Guerre mondiale, s’élève depuis 1921 sur la place centrale. C’est un lieu de rassemblement lors des commémorations, et la transmission du souvenir reste vive : la cérémonie du 11 novembre attire petits et grands, la lecture des noms rappelle que « la grande histoire » touche jusqu’aux villages les plus discrets.
  • Annonces locales : La mairie publie chaque année le programme des cérémonies (visibles sur le site officiel du village ou en affichage à la mairie).

Quelques chiffres et anecdotes

  • 41 noms figurent sur le monument pour la Première Guerre mondiale, 7 pour la Seconde. Un Flinois, Camille Dhavernas, est porté disparu au Chemin des Dames (1917), souvenir particulièrement vivace dans les familles encore aujourd’hui.

Le patrimoine religieux : église, chapelles et calvaires

Comme dans tant de villages du Nord, Flines-lez-Mortagne hisse sa flèche d’église au-dessus des maisons basses. Mais ici, chaque pierre semble murmurée, chaque gargouille semble veiller sur les secrets du village. L’histoire religieuse ne se résume pas au sanctuaire paroissial ; elle essaime aux quatre vents, sous forme de petites chapelles, de calvaires et d’oratoires. Autant de repères, qui racontent la foi, mais aussi l’identité, la solidarité, la peur ou l’espoir des habitants face à la maladie ou la guerre.

  • Église Saint-Martin : Rebâtie après les destructions de 1918, elle fut plusieurs fois sauvée des ruines — un chantier collectif à chaque fois, qui unissait le village. Visite libre lors des offices et portes ouvertes (renseignements en mairie ou sur le site du diocèse de Cambrai).
  • Chapelle Notre-Dame de Consolation : en lisière du village, cette petite chapelle de brique est un lieu de pèlerinage modeste mais fréquenté, surtout lors du mois de Marie. On y déposait autrefois des ex-voto. Un agriculteur du hameau raconte : « Après la moisson, on venait y donner un pain, une volaille, en remerciement d’une récolte sauvée de la grêle. »
  • Calvaires : Dispersés, parfois à demi cachés sous la glycine, ils jalonnent routes et sentiers. Chacun possède sa dédicace : une date, des initiales, parfois la mention d’un retour de guerre, d’un vœu exaucé. Prendre le chemin vers La Mortagne (petite route à droite avant le cimetière), c’est croiser plusieurs de ces témoins silencieux.

La Scarpe, fil conducteur d’histoires

Il y a la Scarpe, bien sûr. Elle serpente au sud du village, marquant le rythme des saisons et des souvenirs. Ce n'est pas qu’un décor : elle fut essentielle à l'activité locale, à la défense, à la prospérité. Les berges conservent les empreintes du temps.

  • Le pont de Flines : Il voit passer pêchers à la ligne, promeneurs, anciens qui se rappellent les baignades d’autrefois… et, selon les réquisitions napoléoniennes, certains Flinois étaient mobilisés pour surveiller le passage contre les bandits ou pour la traite du bétail venu de Belgique.
  • Les traditions liées à l’eau : Il existait encore dans les années 1950 une lavoir communautaire (photo visible en mairie), où l’on se transmettait nouvelles… et secrets de familles !

Les cimetières : lieux de recueillement et d’histoire familiale

Un cimetière ne parle pas qu’aux proches : il parle aussi aux curieux, aux amoureux du patrimoine qui savent déchiffrer l’histoire d’un village dans les noms, dans la forme des tombes, dans le choix des épitaphes ou dans la présence d’antiques croix de fonte. À Flines-lez-Mortagne, il existe le “vieux cimetière”, désaffecté, qui recèle encore quelques pierres du XIXe siècle (certaines datent de 1839, d’après l’inventaire communal).

  • Conseils  : Le “nouveau” cimetière se situe à la sortie du village, vers Mortagne-du-Nord. Visite libre, respect indispensable, lire les noms c’est aussi relire la géographie sociale du village (familles anciennes : Lemaire, Dupont, Meurant… en majorité sur les stèles du XIXe).
  • Des tombes de soldats, parfois avec leur photo de l’époque sur porcelaine, témoignent de la dureté des conflits du XXe siècle.

Ancrer la mémoire dans le quotidien : plaques, stèles et souvenirs partagés

  • Lors de balades, on remarque parfois, clouée sur une maison ou scellée dans la pierre, une plaque commémorative dédiée à un instituteur, un ancien maire, ou un résistant.
  • Le village compte trois plaques à la mémoire de résistants exécutés par l’occupant nazi en 1944, dont Paul Vandermersch et Augustin Decq, rendus à l’histoire lors de la cérémonie de libération chaque 2 septembre.

La vie locale prolonge la mémoire : la fête annuelle des battages, chaque été, s’ouvre par une minute de silence devant le monument aux morts, avant que ne résonnent les accordéons et les cris des enfants. Sur la place, une lasure brune marque la façade de l’ancienne mairie, détruite par les bombardements en 1940 (source : bulletin municipal 1987, “Flines d’hier à aujourd’hui”).

Entre transmission et renouveau : initiatives pour la mémoire flinoise

La mémoire d’un village, ce n'est pas une relique figée. À Flines-lez-Mortagne, des habitants veillent à transmettre récits et savoir-faire :

  • Les ateliers patrimoine organisés par la médiathèque municipale (inscriptions tous les trimestres) : ateliers d’initiation à la généalogie, balades commentées, collecte de souvenirs (source : programme culturel local).
  • Le projet “Photos retrouvées”, lancé par l’association Flines Mémoire : chaque année, appel aux familles pour scanner de vieux clichés (métiers oubliés, processions, vie agricole du XXe siècle).
  • La petite exposition permanente dans le hall de la mairie : objets anciens (tuiles estampillées, broderies, archives de l’école) visibles toute l’année.

Ces initiatives permettent aux jeunes de s’approprier, à leur tour, le fil du passé. Et aux visiteurs, d’enrichir leur promenade — au-delà des vieilles pierres, il y a la vie, la transmission, et ces voix flinoises qui résonnent à travers le temps.

Ouvrez l’œil : les petits détails qui parlent de Flines

  • Une ancre marine sur un portail : clin d’œil aux bateliers de la Scarpe.
  • Des potences à lanternes, souvenirs du temps où le village n’était pas encore électrifié (la première lampe électrique date de 1926 au hameau de la Garenne).
  • Des parements de briques, récupérés lors de la destruction de l’abbaye, ornant encore les bâtisses du centre.

Poursuivre la balade, transmettre le regard

Chaque lieu de mémoire, aussi modeste soit-il, dessine une carte sensible du village. Suivre leurs traces, c’est apprendre à lire entre les lignes des paysages, à tendre l’oreille quand le vent fait craquer le bois d’un vieux portail ou quand la brume s’attarde sur la Scarpe. Flines-lez-Mortagne invite chacun — habitant, visiteur, curieux d’un jour — à redécouvrir, pas à pas, la mémoire vivante de ce coin des Hauts-de-France.

Pour aller plus loin :

  • Consulter les inventaires patrimoniaux sur le site Inventaire Hauts-de-France.
  • Dénicher les archives et anecdotes dans les bulletins municipaux (collection municipale en mairie, consultable sur rendez-vous).
  • Participer aux balades patrimoniales organisées au printemps et à l’automne (affichage à la médiathèque et en ligne sur le site du village).

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