Au fil des générations : la transmission de la mémoire à Flines-lez-Mortagne

27/10/2025

L’oralité : le socle de la mémoire vivante

Il suffit parfois d’une balade le long de la Scarpe pour croiser, sur un banc moussu, une scène familière : deux anciens refaisant le monde, égrainant souvenirs et anecdotes en patois. Cette oralité, à Flines-lez-Mortagne comme ailleurs dans le Nord, reste un pilier essentiel de la transmission.

  • Les veillées d’autrefois : Jusqu’aux années 1970, les veillées rassemblaient les familles autour du feu, où l’on récitait des histoires, des chansons, où l’on transmettait les “faits d’armes” locaux, les coutumes, les recettes, les “petits trucs” du quotidien. (Source : Archives départementales du Nord).
  • Aujourd’hui, la transmission orale se réinvente : Le “café de la mairie” devient parfois le décor d’un échange entre générations. On observe aussi la création d’ateliers mémoire dans les écoles, où les enfants recueillent, crayon en main, les souvenirs de leurs aînés – souvent dans le cadre de projets intergénérationnels montés avec la commune ou les associations locales (cf. Le Monde).

Objets et patrimoine : témoin du temps qui file

Une boîte en fer, quelques outils rouillés, une photo un peu floue prise dans la cour de l’ancienne école… Ce sont autant de fragments du passé, précieux pour ceux qui savent les regarder. À Flines-lez-Mortagne, la transmission ne passe pas que par les mots : elle s’incarne dans les objets.

  • La passementerie et les outils agricoles : Les anciens montrent souvent aux enfants les instruments du travail des champs ou du tissage, encore exposés dans certaines granges ou lors des “portes ouvertes” organisées pour les Journées du patrimoine.
  • Autour des photos de classe : Lors de fêtes communales, il n’est pas rare de ressortir les vieilles photos de groupes scolaires, de pointer les visages, de raconter un surnom oublié, une anecdote de récréation. Les souvenirs reprennent vie, ancrant la mémoire dans un terrain familier à la jeunesse.
  • Les “randonnées patrimoniales” : Près d’un quart des habitants y participent chaque année (données mairie, 2023). On découvre des chapelles discrètes, des chemins creux autrefois “empruntés pour aller au moulin”, mais aussi des traces parfois invisibles – bornes, arbres bicentenaires, mares disparues devenues parkings.

Paroles et chansons : la mémoire en musique

Dans le Nord, les histoires ne se contentent pas de mots… À Flines, héritage oblige, la mémoire chante et se déclame. Les chansons traditionnelles, en français comme en patois, sont de puissants vecteurs de transmission.

  • La célèbre “cantilène de Flines” racontant l’inondation de 1910 est encore connue de certains. On la fredonne lors des fêtes, on l’explique aux jeunes générations, parfois même en classe, à l’occasion de la Journée du patrimoine.
  • Les anciens, lors des banquets de village, transmettent les couplets appris de leurs parents – anecdotes à la clé sur la “chanson coquine qu’on ne chantait qu’après minuit”.

Une initiative récente a vu des classes du primaire accompagner les résidents de la maison de retraite pour écrire ensemble une chanson. Un projet salué par la presse locale (La Voix du Nord), preuve que musique et mémoire font encore bon ménage.

Transmettre en partageant le faire : traditions, cuisine et gestuelle

Qui n’a pas vu, dans une cuisine de Flines, une grand-mère entourée d’enfants, malaxant la pâte à tarte ou préparant le lapin à la flamande ? Ici, la transmission de la mémoire passe aussi par les mains.

  • La cuisine : Selon une enquête du Ministère de la culture (2019), 83% des familles du Nord évoquent une recette “transmise au moins sur deux générations”. Le fameux “potjevleesch”, le chou farci du dimanche, la gaufre sèche… sont autant de madeleines qui racontent l’histoire du village à la table familiale.
  • Les gestes agricoles : Les travaux des champs, longtemps transmis de père en fils ou de mère en fille, font l’objet, aujourd’hui, de démonstrations lors des fêtes de la moisson ou des animations scolaires. Fauchage, battage, jardinage naturel (compostage, bouturage), sont remis à l’honneur, parfois avec l’aide des clubs seniors.
  • Les fêtes traditionnelles : Carnaval, brocantes, ducasses… Autant d’occasions où, derrière la fête, se joue la transmission des codes : chansons, jeux anciens, port du costume, tour de manège, préparation des chars fleuris. Ces moments, partagés par toutes les générations, entretiennent le sentiment d’appartenance et la connaissance des rituels locaux.

L’école, lien entre passé et présent

Les écoles tiennent, à Flines-lez-Mortagne, une place de choix dans la transmission de la mémoire locale. Elles ne se contentent plus des manuels, mais ouvrent grand leurs portes aux témoins de l’histoire.

  • Initiatives intergénérationnelles : Entre 2015 et 2023, seize classes – soit plus de 400 enfants – ont participé à des projets de “rencontres avec les anciens” (données : Éducation nationale, circonscription de Saint-Amand). Ces sessions prennent la forme d’interviews, de jeux de société partagés, ou de découverte de métiers anciens.
  • Éducation à la citoyenneté : La mémoire des grands événements locaux (seconde Guerre mondiale, crue de la Scarpe, fermeture de la briqueterie) est régulièrement abordée. En 2022, le projet “Les enfants et la mémoire du village” a même mené à la création de panneaux illustrés exposés dans le centre-bourg.

Lire pour transmettre : le rôle du livre et des supports modernes

À l’heure du numérique, la mémoire des anciens prend aussi la forme d’archives écrites, de vidéos, de blogs et de podcasts. À Flines, la petite bibliothèque municipale met à disposition des recueils de témoignages, compilés par des bénévoles, qui donnent à lire des morceaux de vies ordinaires.

  • Le boom des “carnets de mémoire” : À l’échelle de la région Hauts-de-France, 28% des familles ont au moins un cahier ou carnet manuscrit conservé “depuis au moins deux générations” (source : Insee, 2020). Sur le territoire de la Pévèle, l’association Mémoire Vive a édité une série sur les “Flinois et leur village”, consultée près de 700 fois depuis sa mise en ligne.
  • Le numérique s’invite : Certains clubs d’anciens initient leurs membres aux “biographies sonores” : les petits-enfants enregistrent les récits, les montent en podcast ou en mini-films que les écoles projettent lors de la Semaine bleue. Cet usage moderne facilite une transmission qui s’adapte à des enfants souvent pointus en nouvelles technologies.

Les lieux de rencontre : entre places, cafés et commémorations

La mémoire a besoin d’un lieu pour s’incarner pleinement. À Flines-lez-Mortagne, des espaces ponctuent le territoire pour favoriser l’échange entre générations.

  • La place du village : Scène de tous les rassemblements – Marché de Noël, Défête de Saint-Hubert… Elle offre une continuité : les enfants jouent là où, autrefois, leurs grands-parents couraient déjà entre les bancs.
  • Les bancs publics : Vrais coins de sociabilité, ils sont souvent le théâtre de confidences et de “transactions mémorielles”. Un passant s’arrête, on parle du “temps d’avant”, on compare la fête des moissons de 1968 avec celle d’aujourd’hui.
  • Les commémorations : La participation des jeunes aux cérémonies du 8 mai et du 11 novembre – en hausse de 15% depuis 2010 selon la mairie – illustre un attachement encore vif à la mémoire collective.

Défis et renouveaux de la transmission à l’ère moderne

Tout n’est pas aussi simple qu’autrefois, bien sûr. Le temps manque parfois, les familles sont séparées, et les écrans détournent les plus jeunes d’un récit oral pourtant essentiel. L’école, les associations, et les élus tentent de renouveler les approches : ateliers numériques, projets collaboratifs… autant de ponts à inventer.

Toutefois, les chiffres rassurent : 77% des 10-18 ans du Nord (source : Observatoire intergénérationnel, 2022) affirment avoir “appris une histoire ou une tradition locale racontée par un adulte de plus de 65 ans”. La mémoire circule, sous des formes nouvelles, et c’est ce qui fait toute sa force.

Chemin faisant : la mémoire, une promesse pour demain

Si la mémoire des anciens s’accroche parfois à une anecdote ou à un refrain, elle s’inscrit surtout dans les regards partagés, la curiosité des jeunes, les mains qui se tendent pour recevoir un savoir ancien. Flines-lez-Mortagne, entre Scarpe et pâturages, continue d’écrire et de transmettre, à sa façon. Les histoires, portées par le vent ou gravées dans la pierre, n’attendent que des oreilles attentives pour renaître, génération après génération. L’invitation est lancée : sur nos chemins, à chacun de prêter l’oreille, le cœur et les yeux, pour que la mémoire reste vivante.

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