La vie agricole : l’âme du village
Laboureurs, moissonneurs et cultivateurs : les mains dans la terre
À Flines-lez-Mortagne comme dans tant de villages du Hainaut, la terre dictait son tempo. Le métier de laboureur était central : dès le XIXe siècle, un tiers des habitants vivaient directement du travail de la terre (INSEE). Ces hommes guidaient leurs chevaux et, plus rarement, leurs bœufs pour fendre les champs à l’aide de longs socs en fer forgé. Les journées de moisson étaient des événements majeurs : on coupait d’abord à la faucille, puis à la faux, avant que la machine à vapeur ne fasse son apparition dans la région vers 1890.
- Laboureur : responsable du labour profond, préparant les champs pour semis.
- Moissonneur : spécialisé dans la coupe des céréales à la main, aidé parfois par la lieuse ou la batteuse collective.
- Cultivateur : terme générique, souvent chef de famille, il orchestrai la rotation des cultures et la gestion des animaux.
Derrière ces mots se cachent des savoir-faire : reconnaître un bon sol par sa couleur, prévoir la météo à la façon dont la brume s’accroche aux bosquets, ou “sentir” quand le lin est prêt à être arraché.
Le lin et le chanvre : or vert des plaines flamandes
Si le blé, l’orge et l’avoine couvraient l’essentiel des parcelles, Flines-lez-Mortagne et sa vallée ont connu un âge d’or du lin et du chanvre. Ces plantes exigeantes étaient cultivées en rotation, profitant à la fois du climat humide et des sols propices. Dès le XVIIe siècle, les “arracheurs de lin” et les “rouisseurs” faisaient partie du paysage local (Linnea.fr).
- Arracheur de lin : arrachait les plants délicatement pour préserver la fibre.
- Rouisseur : immergeait les tiges dans la Scarpe pour faciliter la séparation des fibres, une étape délicate qui parfumait tout le village d’une odeur reconnaissable.
- Battandier : utilisait le “battand”, un outil en bois, afin de frapper les tiges et détacher la précieuse filasse.
Le lin était ensuite travaillé par les fileuses et tisserands locaux, donnant naissance aux toiles fines qui partaient parfois jusqu’à Lille ou Tournai. Le rouissage, lui, colorait l’eau de la rivière d’un nuage laiteux et la rumeur courait qu’on reconnaissait “un bon lin” à l’odeur douce qui flottait dans l’air au cœur de l’été.
Les éleveurs, bouviers et charretiers
À côté des cultures, l’élevage était d’importance. Aucune ferme sans quelques vaches, parfois un ou deux chevaux de trait robustes, quelques moutons ou porcs grattant le sol. Le bouvier menait les animaux aux pâturages communs ou jouait le messager entre les fermes.
- Charretier : maître du cheval et du tombereau, il transportait foin, betteraves et pierres d’une parcelle à l’autre.
- Bouvier : surveillait les bestiaux, veillant à ce qu’aucun ne s’égare dans les champs voisins.
- Vacher, porcher : spécialisation selon l’animal, souvent hérité au sein de la famille.
Des histoires circulaient, comme celle de ce charretier surnommé “Tiot Léon”, capable de reconnaître chacune de ses bêtes au simple bruit du sabot dans la gadoue.