À la découverte du patrimoine vivant de Flines-lez-Mortagne : balade entre pierres, mémoire et paysages

02/11/2025

La majesté cachée : l’ancienne abbatiale Sainte-Marie de Flines

Derrière de hauts murs, un pan entier de l’histoire médiévale sommeille. Fondée en 1234 par la comtesse Marguerite de Flandre, l’abbaye de Flines fut, jusqu’à la Révolution, l’un des phares spirituels et agricoles du territoire douaisien. Si le bâtiment principal a souffert des siècles, la grange dîmière, inscrite à l’inventaire des Monuments historiques (source : Base Mérimée), dévoile encore ses voûtes et ses pierres blondes.

  • Grange dîmière : Unique vestige médiéval, massive, c’est ici qu’étaient entreposés impôts en céréales et offrandes agricoles.
  • Les abords : Promenez-vous dans le parc, autrefois jardin des religieuses, où subsistent de vieux arbres et quelques pierres sculptées.

Conseil : la grange n’est accessible que lors d’événements ou de visites guidées ponctuelles (notamment durant les Journées européennes du Patrimoine ou initiatives de l’association « Les Amis de l’Abbaye de Flines »). Renseignez-vous auprès de la mairie ou de l’Office de tourisme de Douai.

Le pouls du village : l’église Saint-Martin

Dressée au cœur du bourg, l’église Saint-Martin offre à qui pousse sa porte un voyage dans le temps. Datée pour l’essentiel du XIXe siècle, elle occupe cependant l’emplacement d’édifices plus anciens, détruits puis relevés au fil des guerres (notamment lors de la tourmente révolutionnaire, puis durant la Première Guerre mondiale).

  • Le clocher : Faisant écho aux beffrois voisins, il se repère de loin, telle une vigie guidant les habitants.
  • Les vitraux : Remontent en grande partie à 1924, œuvre des ateliers Mauméjean, ils colorent la nef de leurs bleus profonds et rouges vifs.

C’est aussi ici que, chaque année, la fête de la Saint-Martin rassemble les familles du village, dans une ambiance de kermesse et de processions traditionnelles.

Astuce : L’église est ouverte le samedi matin et lors des offices (renseignements auprès de la paroisse du Val de la Scarpe).

Les écluses, mémoire vivante de la Scarpe

Le long de la rivière – parfois calme comme un miroir, gonflée lors des crues mélancoliques – les écluses racontent la vie commerçante et industrieuse du passé.

  • L’écluse du Grand Gabarit : Construite en 1969, elle a succédé à d’anciennes installations et permet encore aujourd’hui le passage régulier de péniches de fret – un spectacle qui étonne les promeneurs, en particulier lors des manœuvres spectaculaires (source : Wikipedia).
  • L’ancien chemin de halage : Aujourd’hui chemin de randonnée, il permet de longer la Scarpe jusqu’à Mortagne ou Marchiennes, croisant ici et là les vestiges de vieilles bornes en grès.

Levez la tête, vous apercevrez parfois un héron guettant sa proie, ou le reflet d’un vieux pêcheur, silhouette paisible et patiente.

Terre de moulins, mémoire du vent et de l’eau

Avant l’irruption de l’électricité, Flines-lez-Mortagne vivait au rythme de ses moulins. Au XIXe siècle, on en comptait encore trois en activité : deux à vent et un à eau. Aujourd’hui, seule la silhouette du « Moulin à vent Leblanc » s’esquisse encore sur la route de Mortagne (privé, ne se visite pas), témoignage fragile de cet âge du blé.

  1. Moulin Leblanc : Édifié en 1801, rénové au XXe siècle, sa tour ronde se devine derrière les peupliers.
  2. Le moulin à eau : Disparu après 1910, il actionnait la scierie du village. Beaucoup de maisons gardent trace de ses pierres, intégrées dans leurs murs ou leurs jardins.

Anecdote : lors des canicules actuelles, certaines parties de l’ancien canal du moulin réapparaissent, dessinant dans l’herbe les fantômes d’une époque laborieuse.

L’oratoire Saint-Hubert : mystère et dévotion rurale

En lisière de champ, au détour d’un sentier connu des seuls habitués, se niche un petit oratoire de brique, dédié à Saint-Hubert, patron des chasseurs. On raconte qu’auparavant, chaque ouverture de la chasse donnait lieu à une courte procession et à une halte de prière à cet endroit.

  • Bâti : fin du XIXe siècle, restauré récemment par les habitants lors d’une journée solidaire « Nettoyons notre village ».
  • Légende : pour retrouver un chien égaré, les enfants déposaient jadis un collier à l’oratoire. On dit encore que cela « porte chance » !

Pour s’y rendre, suivez le chemin du Tordoir, et laissez-vous guider par le parfum de la craie humide et la mélodie des alouettes.

Autres curiosités : les façades, le pont de la Scarpe et le patrimoine paysan

Flines-lez-Mortagne, c’est aussi ce patrimoine discret, disséminé entre hameaux et campagnes. Un regard attentif débusquera :

  • Le vieux pont de la Scarpe (route de Mortagne) : reconstruit en 1923, il relie les deux rives du village, témoin fidèle des crues légendaires (celle de 1942 inonda tout le bas du village pendant deux jours !).
  • Anciennes fermes-brasseries : Beaucoup sont devenues maisons d’habitation, mais conservent leurs portails monumentaux, leurs pavés inégaux et, parfois, une « enseigne » en fer forgé indiquant l’activité d’autrefois.
  • Les censes flamandes : grandes fermes carrées, typiques de la Flandre intérieure, dont l’architecture défie le temps (voir rue de la Joncque, ou à la sortie de Flines vers Rumegies).
  • Façades ornées de linteaux sculptés : certains portent encore la date de construction (souvent la première moitié du XIXe siècle) et, pour quelques-unes, de jolis motifs de tulipes ou de cœurs, signes d’un passé prospère.

Conseils pratiques pour une balade patrimoniale réussie

  • Prévoir de bonnes chaussures : souvent, les plus beaux chemins sont ceux de traverse, entre ruisseaux et sentes d’herbe.
  • Boussole ou application GPS conseillées : quelques points d’intérêt sont hors des axes principaux, notamment l’oratoire et certains anciens moulins.
  • Patience et curiosité : n’hésitez pas à engager la conversation avec les habitants, gardiens vivants de mille anecdotes et souvenirs.
  • Se procurer le guide « Flines-lez-Mortagne, patrimoine et paysages », édité par la mairie, en vente à la bibliothèque municipale ou à consulter sur place.
  • Respecter les propriétés privées : de nombreux sites sont visibles depuis la route ou le chemin, mais ne se visitent pas forcément.

Sous le regard du temps : une invitation à découvrir et transmettre

À Flines-lez-Mortagne, le patrimoine ne se réduit pas à ses vieilles pierres : il vibre dans le bruissement du vent, dans la lumière sur les champs, dans la mémoire partagée de ses habitants. Qu’on soit du village ou simple visiteur, chaque halte, chaque façade rencontrée, invite à poser un nouveau regard sur ces trésors discrets mais remarquablement vivants.

Un jour d’automne, alors que la brume enveloppe craquements de grange et échos d’enfants, il suffit parfois de lever les yeux pour comprendre que le plus beau des monuments, c’est peut-être celui qu’on ne remarque plus qu’avec le cœur.

Envie d’aller plus loin ? La mairie et les associations patrimoniales organisent régulièrement des visites commentées ; pour ne rien rater, gardez un œil sur l’agenda officiel du village.

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