Dans les granges et les maisons : les objets du passé encore vivants à Flines-lez-Mortagne

09/03/2026

Marcher sur les traces du quotidien d'autrefois

Imaginez un matin d’automne. Le vent frais passe sur la plaine, la Scarpe chuchote à travers les peupliers, et une vieille ferme laisse entrevoir à demi-ouvertes les portes de sa grange. À l’intérieur, tout un monde se révèle : outils patinés par les mains, ustensiles en bois, morceaux de fer forgé… Autant de témoins silencieux de ceux qui ont vécu et travaillé ici, à Flines-lez-Mortagne.

Certains de ces objets sont encore là, accrochés à un mur, rangés précieusement ou exposés lors des fêtes et marchés du terroir. Ils racontent à leur façon la vie des villageois. Un héritage simple, mais précieux, qui aide à mieux comprendre le rythme des saisons, l’évolution du travail, et l’attachement à la terre.

Le patrimoine des champs : outils et gestes d’antan

Dans les champs : herses, faucilles et râteau à dents de bois

  • La herse : À Flines-lez-Mortagne, jusqu’au tournant des années 1950, la herse en bois et en fer était rangée dans presque chaque ferme. Tirée par les chevaux ou, autrefois, par les bœufs, elle servait à aplanir la terre après le labour. On reconnaît ses dents usées, témoin de centaines de passages autour du hameau de l’Héron ou près de la Chasse Royale.
  • La faucille : La petite faucille à manche de bois, outil intime de la moisson, était maniée à main nue dès l’aube. On raconte que l’on pouvait entendre, de loin, la chanson du métal coupant les blés mûrs, lors des récoltes collectives d’avant les moissonneuses.
  • Le râteau à dents de bois : Un objet qu’on aperçoit parfois lors des expositions à l’occasion de la “Fête du Glaïeul” ou dans les recoins des anciens greniers. Indispensable pour étaler le foin au soleil ou rassembler la paille après la batteuse.

Dans beaucoup de familles flinoises, ces outils sont transmis de génération en génération. Il n’est pas rare qu’ils aient servi à la fois au grand-père qui travaillait aux champs et au petit-fils qui, aujourd’hui, les garde comme mémoire de ce métier agricole. Selon l’INSEE, la part des actifs agricoles à Flines-lez-Mortagne, jadis majoritaire au 19e siècle, ne représente aujourd’hui que quelques pourcents ; mais les outils, eux, perdurent (INSEE).

Mémoire du foyer : à l’intérieur des maisons flinoises

Le vaisselier, les moules à gaufres et la crémaillère

  • Le vaisselier en chêne : Fierté de la cuisine, il exposait les assiettes peintes, la faïence de Saint-Amand, et parfois quelques souvenirs de famille. Le meuble reste le symbole du respect des traditions, mais aussi de l’artisanat local.
  • Le moule à gaufres en fonte : Impossible d’évoquer Flines-lez-Mortagne sans parler de la gaufre, préparée pour les foires ou à la veille de Noël. Les anciens moules à longues manches, qu’on chauffait au feu de bois, sont aujourd’hui amusante curiosité lors de la fête du moulin.
  • La crémaillère de cheminée : On la trouvait dans les cheminées de presque toutes les maisons avant 1960. Elle servait à ajuster la hauteur du chaudron au-dessus des braises, pour cuire la soupe ou maintenir le café “sur la cendre”. Beaucoup de maisons anciennes du village possèdent encore, dans leur âtre, l’empreinte laissée par cet ustensile essentiel.

Chaque objet du foyer raconte un bout de la vie quotidienne : les repas partagés le dimanche, les longues veillées d’hiver ou les jours de lessive au grand air. Ils rappellent aussi cette attention simple portée aux choses, l’art de “faire durer”, de réparer et transmettre.

Au fil des métiers d’antan

Les outils du sabotier : mémoire du bois et de l’adresse

Quelques familles à Flines-lez-Mortagne peuvent encore évoquer le dernier sabotier, dont l'atelier a fermé dans les années 1970. Le métier avait sa place dans tout village rural du Nord. On pouvait y croiser :

  • Le boutoir : pour évider la forme du sabot dans un morceau de bois de saule ou de peuplier, bois locaux réputés pour leur souplesse.
  • La plane : sorte de grand couteau recourbé à double manche, pour façonner et lisser l’extérieur de la chaussure paysanne.
  • Les tranches de modèles : aujourd'hui objets de collection, certains habitants les exposent lors des Journées du Patrimoine.

Avant 1939, on estime qu’une vingtaine de familles dans la commune utilisaient sabot et sabotine au quotidien (source : Archives départementales du Nord). Aujourd’hui, les sabots sont devenus décoratifs ou souvenirs lors de fêtes locales.

Le forgeron et ses outils de géant

Le forgeron, figure familière jusqu’à la fin des années 1960, avait aussi sa panoplie d’outils, qui font rêver les enfants et les nostalgiques :

  • L’enclume : monumentale, toujours prête à résonner – certains en possèdent encore dans leur garage ou leur jardin.
  • Le soufflet à bras : permettait d’attiser le feu pour tremper les outils ou ferrer les chevaux.
  • La grande pince à chevaux : adaptée pour poser ou ôter les fers des bêtes de trait, compagnons indissociables des labours.

Si la forge de Flines-lez-Mortagne n’a pas résisté à la fin du XXe siècle, ses outils sont parfois exposés lors des fêtes du patrimoine ou transmis en héritage. Leur simple présence rappelle l’importance des métiers du feu et du métal dans la vie rurale.

Les objets quotidiens du village : économie, traditions et partage

Les paniers d’osier : compagnons du marché

Pas de marché à Flines ou dans les villages voisins sans l’incontournable “panier d’osier”. Fabriqué à partir du saule trié sur les berges de la Scarpe, il a longtemps été le compagnon fidèle des femmes allant vendre un peu d’œufs ou faire provision de légumes.

  • Certains modèles étaient plus larges l’hiver, pour emporter une miche ou le pot-au-feu à la boulangerie, lorsque celle-ci acceptait encore la cuisson au four communal (jusqu’aux années 1950 dans le secteur).
  • D’autres, plus fins et tressés plus serrés, étaient réservés à la cueillette des petits fruits, groseilles et cassis, que l’on allait cueillir avec les enfants le long des chemins.

La lanterne tempête et le “bidon d’eau”

La vie de Flines-lez-Mortagne s’est longtemps déroulée à la lumière incertaine des lanternes à pétrole, qu’on appelait ici “lanterne tempête”. Elles servaient aux pâtres, aux cantonniers, ou tout simplement à éclairer l’étable le soir. Le “bidon d’eau” en fer-blanc, quant à lui, était utilisé pour porter de l’eau du puits au jardin ou à la maison, un geste encore vivant jusque dans les années 1970 selon plusieurs témoignages recueillis lors des journées du patrimoine en 2022.

Objets de fête et de rassemblement : entre mémoire et transmission

Les instruments de la fête villageoise

  • Le tambour du garde-champêtre : jusqu’aux années 1980, le passage du garde-champêtre et son tambour résonnaient dans les rues de Flines pour annoncer arrêtés, foires ou festivités. Ce tambour, exposé parfois lors des expositions associatives, reste un symbole du lien social et de l’information (source municipale).
  • Les jeux en bois : Le jeu de la grenouille, indétrônable lors des ducasses et des kermesses, traverse les générations. On retrouvera ces objets ludiques lors de la fête annuelle, souvent accompagnés d’une explication du “Vieux Flines”.
  • La cloche de la chapelle du hameau : Toujours en place, elle appelait autrefois aux processions, aux messes, et parfois sonnait à toute volée pour éloigner l’orage ou fêter les récoltes.

Préserver, montrer, transmettre : où voir et comprendre ces objets ?

Aujourd’hui, beaucoup de ces objets traditionnels ne dorment pas seulement dans les greniers. Ils refont surface avec émotion lors de manifestations locales :

  • Journées du Patrimoine : chaque automne, rendez-vous devant la mairie ou à la salle des fêtes, où l’on peut souvent voir des expositions organisées par l’association Flines Mémoire. Dates à consulter sur le site officiel.
  • Fête du moulin : au printemps, le moulin de Flines s’ouvre et dévoile ses outils d’autrefois, ses meules, et parfois même des démonstrations de broyage à l’ancienne.
  • Balades-randonnées guidées : organisées par la médiathèque et la mairie, elles intègrent parfois des haltes pédagogiques autour des objets traditionnels visibles sur les façades ou dans les jardins. Programme consultable auprès de la commune.

Pour ceux qui souhaiteraient prolonger la découverte, plusieurs ressources et bibliographies sont disponibles auprès de la médiathèque municipale, comme “La vie rurale dans le Nord et le Pas-de-Calais” (éd. La Voix du Nord), ou lors des expositions du musée de la Scarpe à Mortagne-du-Nord.

Une invitation à regarder autrement nos objets du quotidien

Au détour d’une grange, dans la lumière d’une cuisine ou sur le banc d’une place, tous ces objets traditionnels de Flines-lez-Mortagne portent encore en eux un peu de la vie d’autrefois. En comprenant leur usage, en les transmettant lors d’une fête ou d’une simple discussion, on prolonge leur histoire et on tisse un pont entre passé et présent. Que l’on soit enfant du pays ou visiteur curieux, il suffit parfois de s’arrêter, de discuter, d’observer — et la mémoire des gestes ressurgit, toujours prête à se partager. Les objets sont là, à portée de main, pour dire la richesse simple et profonde de notre village.

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