Au fil des saisons : vie quotidienne et organisation intérieure
La maison, foyer de la famille
En entrant dans le corps de logis, la première chose qui frappait jadis était la chaleur du foyer : une grande cheminée (parfois un “potager” maçonné, ancêtre du fourneau) occupait le mur principal. Les pièces étaient modestes, mais bien pensées :
- La grande pièce à vivre, qui accueillait repas, veillées, et — les jours de lessive — l’énorme marmite en fonte posée sur un trépied, dans laquelle bouillonnaient draps et torchons ;
- La chambre des parents, souvent en rez-de-chaussée, pour mieux surveiller la ferme et ses allées-venues nocturnes ;
- Les chambres des enfants, parfois à l’étage, ou aménagées dans la soupente de la grange ;
- La laiterie, pièce fraîche, précieuse pour le beurre et le fromage fermiers — dans les fermes plus aisées, elle donnait sur la cour, abritée derrière une petite haie d’aubépine.
La grange, les écuries et les remises : une organisation millimétrée
Ici, chaque bâtiment a un rôle précis. L’ancienne grange, vaste édifice prolongé d’un auvent, était réservée au foin et aux gerbes de blé. On y battait la récolte, à l’aide du fléau, jusqu’à l’invention des batteuses à vapeur à la fin du XIXe siècle.
- Les écuries : hébergeaient chevaux de trait (indispensables pour les labours), vaches laitières, parfois une ou deux chèvres pour le lait.
- Les porcheries et remises : petits bâtiments bas, dotés d’une porte basse et de fenêtres grillagées — preuve du soin porté à l’aération et à l’hygiène, surtout après les grandes épidémies de peste porcine du XIXe siècle (source : Société d’Agriculture du Nord, Recueil des actes, 1881).
La disposition des lieux n’était pas laissée au hasard : il fallait aller le plus vite possible d’un point à l’autre, tout en limitant les va-et-vient extérieurs, surtout en hiver. Les soues à cochons, par exemple, étaient toujours installées à l’écart du corps de logis, pour éviter les odeurs et permettre un nettoyage aisé de la cour à grande eau.
La basse-cour et le jardin, joyaux de la cour intérieure
Impossible d’évoquer une ferme-carrée sans parler de sa basse-cour. Poules, canards, oies, voire dindons cohabitaient joyeusement. Quelques chiffres relevés dans les inventaires du XXe siècle (Source : Archives départementales du Nord, série 4E) :
- En moyenne, une ferme flinoise comptait 20 à 40 poules, 6 à 10 canards, 2 à 3 oies.
- Les œufs étaient vendus sur les marchés de Saint-Amand ou de Mortagne-du-Nord.
- Le clapier à lapins était presque systématique, niché près du mur sud pour abriter les bêtes du froid.
Quant au jardin, il fournissait l’essentiel des légumes. On plantait, suivant la tradition du Nord, des haies vives de groseilliers ou de cassissiers pour protéger du vent et marquer la frontière avec “l’courte-patte” (le territoire des poules !).