Une architecture profondément nordiste : la brique, les formes et l’âme
Ceux qui s’arrêtent devant la mairie de Flines-lez-Mortagne découvrent immédiatement les marqueurs architecturaux du Nord : le rouge chaleureux de la brique, les encadrements des ouvertures aux teintes crème, et la toiture pentue coiffée d’ardoises. Rien de tapageur, mais une élégance modeste – comme un clin d’œil à la discrétion légendaire des gens du cru.
La brique, cette éternelle compagne
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Un matériau roi : Dans la région, la brique fait quasiment office de blason. Issues des argiles du Hainaut, elles sont façonnées à la main dans les tuileries locales depuis le Moyen-Âge. On dit même qu’une maison en brique “ne craint ni le froid ni les embruns du fleuve”.
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Sobriété et robustesse : À Flines comme ailleurs, l’emploi de la brique traduit la volonté de bâtir pour durer. Les maçonneries épaisses (souvent 40 cm, voire plus) gardent la chaleur en hiver et la fraîcheur en été – qualité précieuse dans nos contrées ventées.
La mairie se distingue par la régularité des joints, le dessin rigoureux des linteaux, et des chaînages d’angle “à l’anglaise”, marquant l’appartenance à cette famille d’édifices publics de la fin du XIXe.
Des détails typiquement nordistes
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Les pignons à pas de moineau : Mirer la façade, c’est repérer ces décrochements rectangulaires qui escaladent le toit. En dialecte local, on les appelle “escalettes” ou “pach d’moeneau”. Ils signent l’ancrage régional de la construction. (cf. Wikipedia - Pignon à pas de moineau)
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Les encadrements contrastés : Les linteaux et appuis de fenêtres en pierre calcaire blanche, venant parfois d’Avesnes, ressortent sur la brique rouge comme une dentelle minérale.
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Le toit en ardoise : Typiques de la Belgique voisine, les ardoises sont choisies pour leur solidité. Sur la mairie, elles forment un chapeau pentu, presque une invitation à s’abriter.
Au sommet, une petite lucarne veille sur la rue, rappelant les maisons de notables qui ponctuent la vallée.
Fonction et symbole : la maison commune du Nord
Dans l’esprit du XIXe siècle, la mairie est souvent accolée à l’école ou au logement de l’instituteur : ce n’est pas un hasard à Flines-lez-Mortagne. Ici, le savoir, la citoyenneté et la vie communautaire sont intimement liés. Certains habitants se souviennent encore du temps où, enfant, ils entraient par la porte latérale pour troquer leur cartable contre un devoir à déposer à l’accueil de la mairie.
La mairie s’inscrit aussi dans une tradition visuelle, facilement reconnaissable :
- Un volume simple, souvent rectangulaire, sans fioritures inutiles.
- Un ou deux étages, facilitant l’accès des usagers.
- Une porte d’entrée monumentale, parfois surmontée d’une frise rappelant la devise “Liberté, Égalité, Fraternité.”