Flines-lez-Mortagne : Marcher entre pierres et souvenirs, sur des chemins d’histoire

25/12/2025

1. Le vieux bourg : à la croisée des âges et des pierres

Une boucle entre les origines médiévales et la vie quotidienne d’autrefois

Difficile d’imaginer, en arpentant la rue de l’Église, que là où jouent aujourd’hui les enfants, se dressait autrefois le cœur vivant d’une bourgade du Moyen-Âge. Ici, le passé affleure partout, dans le dessin incurvé des venelles, la présence rassurante du clocher, et les pierres qui portent, parfois discrètement, les marques des siècles.

  • L’Église Saint-Martin : Centre névralgique du village depuis près de mille ans (fondée au XIe siècle, remaniée au fil des guerres et reconstructions), elle abrite aujourd’hui encore de splendides vitraux du XIXe siècle et quelques statues du XVIIIe. L’église subit d’importants dégâts en 1918 mais fut rapidement restaurée grâce aux habitants (source : Monuments historiques - DRAC Hauts-de-France). Elle est ouverte le dimanche matin, mais il est toujours possible d’admirer son portail néo-gothique à toute heure.
  • Le monument aux morts : Juste à côté, ce bloc de pierre sobre, érigé en 1923, porte les noms de 36 enfants du village morts pour la France lors de la Grande Guerre, rejoints par ceux de 1939-1945. Un recueillement s’impose — il n’est pas rare d’y croiser des jeunes qui apprennent à lire les noms de leurs aïeux.
  • Ruelle du Presbytère et anciennes fermes : Prenez le temps de déambuler entre les maisons basses en brique, dont certaines s’ouvrent sur d’antiques granges, témoins de l’époque où Flines vivait essentiellement au rythme des moissons et des marchés locaux.

Anecdotes à ne pas rater

  • Au n°12 de la rue de l’Église, la façade conserve un linteau gravé de 1764 – les initiales renverraient à Jean-Baptiste Caron, meunier et ancien maire pendant la Révolution.
  • Derrière le mur de la Place de la Liberté, sous un marronnier âgé de plus de 180 ans, on trouve encore la mare du village, jadis point d’eau stratégique lorsque la Scarpe débordait.

Conseils pratiques

  • Points d’eau et bancs accessibles Place de la Liberté.
  • Boucle d’environ 1,2 km – facile, accessible aux poussettes.

2. Flines sur la ligne de front : mémoire de la guerre et résistances silencieuses

À la recherche des traces du 20e siècle, entre occupation et libération

Quand les écoliers trottinent vers la rue du Maréchal Leclerc, ils ignorent parfois qu’ils suivent le tracé exact que les soldats de la Libération empruntèrent en 1944. Ici, Flines fut occupée, réquisitionnée, endeuillée — mais aussi, paradoxalement, un village de solidarité. Certains souvenirs sont moins visibles, il faut savoir les dénicher.

  1. Les plaques commémoratives : Plusieurs maisons portent, à hauteur de regard, une discrète plaque émaillée bleue. Ce sont les “maisons des Justes”, familles flinoises qui ont caché des enfants juifs durant l’Occupation (source : Comité Français pour Yad Vashem). Le parcours permet d’en voir trois, entre la rue Jean-Jaurès et la rue Foch.
  2. Ancienne école communale : Utilisée comme poste de commandement allemand entre 1940 et 1944, le bâtiment conserve, au grenier, les inscriptions au crayon de soldats anonymes (visites possibles lors des Journées du Patrimoine).
  3. Le blockhaus de la Scarpe : Isolé près du chemin de halage, ce vestige bétonné rappelle que le fleuve fut une ligne stratégique. À la belle saison, l’ombre des saules y attire les pêcheurs… Plus inattendu, en 1945, ce blockhaus servit brièvement de refuge à une famille sinistrée après le bombardement de leur maison (source : Archives communales).

Ancrage dans la mémoire collective

  • Un panneau pédagogique, posé en 2021 à l’initiative des écoliers et de la mairie, raconte l’épopée du jeune René Crasset, parti en Résistance à 17 ans, arrêté à Orchies mais revenu après la Libération pour transmettre ses souvenirs à l’école de Flines.
  • À la sortie du cimetière, une stèle discrète porte le nom de deux soldats anglais tués ici lors des combats d’avril 1918 (nommés dans le registre des pertes du Commonwealth War Graves Commission).

Parcours et recommandations

  • Prévoir deux heures si vous vous attardez sur les panneaux explicatifs.
  • Attention, passage boueux par endroits après la pluie.

3. “Par-delà la Scarpe” : patrimoine rural, nature et mémoires paysannes

Marcher dans les pas des générations de cultivateurs flinois

En quittant le centre pour longer la rivière vers l’est, le paysage s’ouvre. Champs à perte de vue, vieux arbres centenaires, et ici ou là, un pigeonnier ou une grange dont l’allure trapue trahit l’ancienneté. Ce parcours conjugue la découverte du patrimoine rural et le plaisir de la balade nature.

  • Le pont de la Scarpe : Passage obligé, plusieurs fois emporté par les crues (la dernière en 2002), il fut reconstruit dans son état actuel en 2005. Il rappelle combien la vie du village reste intimement liée à sa rivière.
  • La ferme du Sart : Sur la route de Mortagne, bâtiments de torchis et de brique. Cette ferme existe déjà sur le cadastre napoléonien (vers 1830), et l’on y découvre parfois, lors des Journées du Patrimoine, l’ancienne roue de puits et le four à pain en usage jusque dans les années 1950.
  • Champs de mémoire : Entre deux haies, on rencontre souvent ces bornes marquées d’une croix ou d’une date. La plus ancienne, à l’angle du Chemin Vert, indique “1848” : il s’agirait d’un repère posé après la grande inondation de la Scarpe.
  • La chapelle Saint-Amand : Un petit oratoire en briques, perdu dans la verdure, témoin de la piété populaire et des processions villageoises jusqu’aux années 1960. Autrefois, la Saint-Amand était l’occasion d’un grand pique-nique collectif sur la prairie voisine.

Anecdotes rurales

  • La tradition du trinque-vin, au détour de la moisson, a été maintenue jusque dans les années 1970 : chaque fin de récolte, blé et hommes faisaient grande fête devant la grange la mieux décorée du village.
  • Certains soirs d’automne, la “Procession des Lumières” partait de la chapelle Saint-Amand : une haie de lanternes guidait les villageois jusqu’à la Scarpe, où l’on jetait quelques fleurs en mémoire des disparus.

Tracé conseillé

  • Boucle 5,8 km, accessible à vélo ou à pied, balisage vert (panneaux “Par-delà la Scarpe”).
  • Tables de pique-nique à hauteur du pont, possibles haltes ornithologiques (hérons, foulques, parfois martin-pêcheur).

Ressources et conseils pour préparer votre parcours

  • Consultez le site de la mairie de Flines pour les plans détaillés et l’agenda des animations (Journées du Patrimoine, exposition sur la guerre, balades guidées, etc.).
  • Pensez à partir avec de bonnes chaussures – certains chemins peuvent être humides hors saison.
  • Pour approfondir, référence à lire :
    • “Flines-lez-Mortagne, passé et présent, des origines à nos jours”, collectif édité par l’association Mémoire Flinoise (consultable en mairie, édition 2001).
    • Sources complémentaires : Archives du Pas-de-Calais, Recueil de la Société Archéologique du Nord.

Sur le chemin, la mémoire s’écrit encore

À Flines-lez-Mortagne, chaque marcheur ajoute son pas à ceux des générations précédentes. Explorer ses rues, ses églises et ses campagnes, c’est raviver, ensemble, le fil d’une histoire partagée. Que l’on soit habitant de longue date, nouvel arrivant, ou simple curieux, ces parcours de mémoire offrent l’occasion unique de s’imprégner d’un patrimoine vivant, fait de pierres, de paysages, et de souvenirs tissés dans la vie quotidienne. Laissez-vous porter… Et qui sait, au détour d’une rue ou d’un sentier, c’est peut-être votre propre histoire qui commencera à s’y mêler.

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