Derrière chaque brique, une histoire : Explorer les façades typiques de Flines-lez-Mortagne

15/01/2026

Pourquoi la brique règne à Flines-lez-Mortagne

Quand les voyageurs arpentent pour la première fois les rues paisibles du village, c’est souvent la couleur qui frappe d’emblée. Loin du gris des pierres du sud ou du béton moderne, ici, la brique s’affiche en reine incontestée. Pourquoi ce choix si répandu ?

  • Une ressource locale abondante : La Scarpe, bordant le village, a offert pendant des siècles l’argile nécessaire à la fabrication de briques. Dans le Nord, la proximité des gisements a donc façonné le visage urbain bien davantage qu’ailleurs (Patrimoine du Nord).
  • Résistance au climat : Le froid, les pluies fréquentes, les brouillards de la plaine : la brique, cuite à haute température, a prouvé sa robustesse et sa capacité à retenir la chaleur.
  • Accessibilité et coût : Faute de carrières de pierres et du prix du transport, construire en brique restait plus économique pour la plupart des familles.

Dès le XIXe siècle, de nombreuses briqueteries voient le jour dans les environs, comme à Mortagne-du-Nord, imposant ce style typique identifiable entre mille.

Des façades qui en disent long : apprendre à lire le village

Se promener à Flines-lez-Mortagne, c’est un peu comme feuilleter un album de famille. Les façades en brique, loin d’être toutes identiques, recèlent des détails révélateurs, tour à tour symboles d’une époque, d’un savoir-faire, ou parfois tout simplement de l’orgueil d’un propriétaire.

Les couleurs de la terre : palette du Nord

  • Briques rouges/orangées : Les plus fréquentes. Leur couleur vive vient d’une cuisson soutenue et d’une argile riche en oxyde de fer.
  • Briques dites “blanches” ou claires : Plus rares, souvent réservées à l’encadrement des portes et fenêtres (« souligneur »), elles proviennent d’argiles spéciales, parfois importées, voire complétées par de la pierre calcaire sur certaines maisons de notables.
  • Briques de réemploi : Certaines façades mélangent des briques issues de divers bâtis, vantant ainsi la permanence et l’évolution du village. Ouvrez l’œil le long de la rue du Général de Gaulle, où cette diversité chromatique rappelle, à sa manière, la grande histoire industrielle du Nord.

Modénatures, bandeaux et décors faîtiers

Il y a, dans les rues de Flines, tout un vocabulaire ornemental qui ressort :

  • Appuis de fenêtres et linteaux en brique moulurée : Parfois alternance de briques verticales et horizontales créant des ombres discrètes sur les murs.
  • Bandeaux saillants : Ligne continue qui sépare le rez-de-chaussée de l’étage, parfois renforcée par une bichromie.
  • Décors faîtiers et épis de faîtage : Surtout sur les maisons bâties avant la Première Guerre mondiale. Il s’agit d’éléments de céramique ou de brique formant des petits piques, boules ou motifs d’inspiration florale à la jonction du toit et de la façade (Inventaire du patrimoine des Hauts-de-France).

La cité n’a pas la démesure d’une ville industrielle, mais ces détails rappellent le soin apporté à chaque maison, fût-elle modeste.

Des motifs sous nos yeux : récit de savoir-faire

Si vous levez la tête en vous baladant quai des Prés ou près de l’église Saint-Martin, vous remarquerez des motifs bien connus des Flinois :

  • Le “Losange” : Rien d’ostentatoire mais une fierté d’artisan. Disposés en hauteur, ces petits losanges rappellent souvent la date de construction ou le monogramme du bâtisseur.
  • Les “cordons” : Fines rangées de briques légèrement saillantes qui courent en soubassement, à peine visibles mais essentielles pour la résistance à l’humidité et au ruissellement.
  • Le “parpaing” et brique de coin : Les angles sont renforcés par de grosses briques plates ou biseautées, qui évitent au mur de “prendre le ventre” au fil des ans.

On repère aussi, parfois, la fameuse “brique à trous” à motif décoratif, très en vogue à la Belle Époque pour donner de la légèreté et permettre le passage de la lumière dans les greniers.

La fonction de la façade : plus qu’un simple visage

À Flines comme partout, la façade n’était pas seulement question d’esthétique. Elle reflétait la profession, la fortune, parfois la réputation familiale.

  • Les maisons ouvrières : Sobres, alignées le long de la rue principale, elles ne s’encombrent pas de fioritures : une porte centrale, deux fenêtres, et, parfois, un lambrequin discret sous la gouttière. Elles datent majoritairement de la fin du XIXe siècle, époque où le bassin minier a changé la donne démographique dans tout le Valenciennois.
  • Les maisons de notables ou fermes : Leur façade, plus large, affiche une bichromie marquée grâce à la brique claire. Les linteaux et appuis de fenêtres sont travaillés, on y retrouve parfois une date ou les initiales du propriétaire, gravées dans la brique.

Certaines bâtisses, notamment dans les lotissements d’après-guerre, s’inspirent du style "cubes" modernistes, bien que la brique traditionnelle domine toujours, héritage inaltérable du passé.

Un patrimoine protégé : restaurer, transmettre, valoriser

Le village compte quelques façades d’intérêt inscrites à l’inventaire, notamment autour de l’église et dans la portion historique de la rue du Général de Gaulle. Mais l’attention se porte aujourd’hui aussi sur les rénovations respectueuses du style traditionnel, autant chez les habitants anciens que nouveaux (CAUE Nord).

  • Les restaurations privilégient la récupération de briques anciennes, l’utilisation de chaux et l’emploi de joints tirés à l’ancienne, souvent à la spatule ou “à la brosse”.
  • Des aides existent pour accompagner ces rénovations et préserver l’aspect typique de Flines : pensez à consulter la mairie pour les démarches ou le programme Petites Villes de Demain destiné à la protection du patrimoine local.

Autre fait singulier : on rencontre parfois, griffonné au dos d’une brique, la signature de l’artisan ou un message espiègle, à peine lisible. Un petit trésor d’humanité préservé dans l’ombre.

Flines en mutation : évolutions récentes et harmonies retrouvées

L’essor du béton dans les bâtis plus récents n’a pas balayé la tradition. Beaucoup de familles souhaitent revenir à l’authenticité, même lors d’agrandissements ou de constructions neuves. Ainsi, les façades en brique traditionnelles inspirent aujourd’hui encore :

  • Des imitations en parement de brique pour s’intégrer dans le paysage communal,
  • Un retour des couleurs “terre cuite” ou “rouge cerise”, parfois modernisées par l’ajout d’ardoises ou de bardages bois (rue de la Scarpe),
  • Une réglementation communale encourageant l’homogénéité en entrée de village et dans la zone du centre-bourg.

Pour les curieux, la commune a organisé plusieurs promenades guidées sur le thème des façades, notamment lors des Journées du Patrimoine. Renseignez-vous auprès de l’Office de Tourisme de la Porte du Hainaut ou en mairie : certaines visites se terminent, tradition oblige, par une dégustation de tarte à gros bord chez un habitant !

Secrets de façade : ce que Flines murmure à qui sait regarder

Alors, lors de votre prochaine balade, laissez-vous guider non seulement par le pas, mais par le regard. Derrière chaque brique, il y a un savoir-vivre, un ancrage local, et la promesse d’une identité collective. Observar les nuances, toucher la rugosité des soubassements, deviner le secret enfoui d’une brique gravée… c’est ouvrir un pan de la mémoire flinoise, simplement, naturellement, au rythme d’une promenade matinale.

N’hésitez pas à partager vos découvertes, à photographier ces trésors du quotidien, et à venir en parler au détour d’une ruelle ou sur le marché du samedi. Les façades en brique de Flines-lez-Mortagne, plus qu’une signature architecturale, sont la marque d’un village qui continue de se raconter – à voix basse ou grand soleil, selon la saison.

Sources : Patrimoine du Nord, Inventaire régional du patrimoine (Hauts-de-France), CAUE Nord, Archives communales de Flines-lez-Mortagne.

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