Dans les Pas des Légendes : Les Figures et Personnages qui Habitent la Mémoire de Flines-lez-Mortagne

16/03/2026

La Dame Blanche du Chemin de la Batterie : superstition, peur et refuge

Il suffit de s’aventurer au nord de Flines, où le Chemin de la Batterie rejoint les terres agricoles, pour entendre parler d’une légende qui a marqué des générations : celle de la Dame Blanche. Nul habitant d’un certain âge ignorerait ce récit que l’on transmettait, au fil des veillées, pour mettre en garde les plus intrépides enfants.

  • Apparitions nocturnes : Selon la tradition orale, une silhouette spectrale vêtue de blanc apparaîtrait lors des nuits sans lune, errant le long du chemin, toujours silencieuse, jamais menaçante mais éternellement triste. La légende veut qu’il s’agisse de l’âme d’une meunière éplorée, morte de chagrin au XIXe siècle, revenant attendre un fiancé disparu à la guerre.
  • Un rôle d’avertissement : Pour beaucoup, cette histoire a longtemps servi à protéger les enfants des dangers du marais et des fossés alentour, tout autant qu’à justifier le frisson ressenti lors d’une balade trop matinale ou trop tardive.

Si certains affirment encore avoir aperçu, du coin de l’œil, un voile clair flotter entre les saules, la Dame Blanche incarne aujourd’hui ce pan de superstition populaire qui relie nos existences à la terre. Elle rappelle le rôle des récits collectifs pour apprivoiser la peur et donner du sens à nos paysages les plus familiers.

Anecdote : Il n’est pas rare, lors des balades guidées au printemps, d’entendre les anciens chuchoter : « Faut pas s’attarder là bas quand la nuit tombe… »

L’abbé Grégoire : humanisme au temps des abbayes

Bien avant le passage de la grande route, au XVIe siècle, vivait un prêtre que la mémoire collective n’a pas oublié : l’abbé Grégoire. Figure locale de résistance et de bienveillance, il fut curé de la paroisse de Flines, entre 1570 et 1610 environ (Source : Archives diocésaines de Cambrai).

  • Défenseur du village : Durant les années noires des guerres de religion, lorsqu’épidémies et pillages ravageaient la région, l’abbé Grégoire s’est illustré par son courage. Il aurait caché des villageois protestants dans les caves du presbytère pour leur éviter la vindicte — un geste audacieux et risqué, qui lui valut le respect de tous.
  • Une empreinte durable : De lui, il reste dans le cœur de certains l’expression “Faire son Grégoire” — comprendre, faire preuve d’empathie et de discrétion au moment où cela compte vraiment. Si l’église a été depuis de nombreuses fois restaurée, des pierres du chœur porteraient, selon la tradition, des marques laissées par l’abbé lors de ses retraites nocturnes.

Les promeneurs sensibles à l’histoire religieuse remarqueront la croix en pierre du cimetière, héritée de cette époque. Elle fut, assure-t-on, érigée à la mémoire de celles et ceux protégés par l’abbé Grégoire. Un repère paisible pour débuter une promenade dans le vieux village, toujours riche en récits à débusquer.

Les carriers et sabotiers : visages de labeur et traditions populaires

Flines-lez-Mortagne, c’est aussi la mémoire de ses ouvriers de la pierre et du bois. Si la légende a tendance à enfanter des êtres surnaturels, elle se nourrit également de la chair et des gestes du quotidien. Au XIXe siècle, la commune comptait plus de 280 carriers et 120 sabotiers. Leur présence a forgé les collines de grès tout autant que l’identité locale.

  • Le “Grand Joseph” : Figure emblématique du début du XXe siècle, Joseph D., surnommé “le Grand Joseph”, était réputé pour sa force légendaire et sa capacité à remonter des blocs de plusieurs centaines de kilos “à la seule force du dos”. Les enfants se racontaient qu’il était né le jour de la Saint-Antoine, ce qui expliquait son endurance surhumaine. Aujourd’hui encore, un pan du sentier de randonnée porte son nom.
  • Le sabotier musicien : Dans les mémoires circule aussi le souvenir d’Henri Maille, sabotier et violoniste du village, qui animait les noces au café de la place. Son histoire rappelle l’importance du partage et du lien social, dans un village où la fête et le travail vont souvent de pair.

Se promener du côté du quartier des Carrières, c’est cheminer sur les traces de ces ouvriers devenus figures d’une mémoire collective ouvrière et joyeuse. Quelques maisons, reconnaissables à leurs linteaux de grès, témoignent encore de cet âge d’or révolu.

Le maître d’école Fily : mémoire vivante des automnes d’antan

Chaque village a son instituteur ou sa maîtresse dont le nom se transmet bien après la retraite… À Flines, nombreux sont ceux qui citent affectueusement le maître Fily (Joseph Fily, 1898-1962) comme figure tutélaire des bancs d’école. Il incarne, jusque dans la légende, cette vigilance bienveillante et le souci de la transmission.

  • Inventeur d’histoires : On raconte que M. Fily ponctuait chacune de ses leçons d’une anecdote sur les moulins, sur la Scarpe, ou sur la faune locale. Certains de ses élèves, maintenant octogénaires, se souviennent encore d’un exercice demandant d’imiter le cri du courlis en classe (source : recueil de témoignages d’anciens élèves, 2012).
  • Gardien de la mémoire orale : M. Fily fut parmi les premiers à collecter les chansons et dictons flinois — un héritage précieux, aujourd’hui consultable à la Bibliothèque municipale lors d’expositions locales (privilégier la période des Journées du Patrimoine pour les découvrir).

Croiser, dans une allée, un ancien élève du maître Fily, c’est saisir quelque chose de l’âme flinoise : goût du récit, de la nature, amour du partage. Une invitation à prendre le temps d’écouter, de transmettre, à la manière des soirées au coin du feu.

Personnages oubliés : marguilliers, peigneurs de chanvre et lavandières

Il existe aussi de véritables héros de l’ombre, ceux dont les noms ne s’inscrivent pas sur la pierre, mais se perpétuent dans les gestes et les mots. Marguilliers du XIXe siècle, peigneurs de chanvre, lavandières de l’aube… ils jalonnent l’histoire du village de leur présence discrète.

  • Les marguilliers : Gardiens des lieux de culte, ils passaient l’hiver à allumer les poêles et l’été à entretenir les allées, veillant sur la communauté. Leur mémoire subsiste dans certains proverbes locaux, à entendre lors des messes anniversaires.
  • Peigneurs de chanvre : Métiers saisonniers, souvent itinérants. On racontait qu’un peigneur habile “vaut son pesant de lin”, expression qui a traversé les générations.
  • Les lavandières : Rendez-vous matinal sur les bords de la Scarpe, chansons rythmant la lessive, regards complices. Aujourd’hui, certaines familles de Flines relatent encore que les “rumeurs” du village prenaient souvent naissance ici, au fil de l’eau.

Il est possible, certains jours, de rencontrer aux abords de la rivière un panneau du circuit patrimonial rappelant le rôle de ces travailleurs anonymes. Rien de tel qu’une pause sur ce parcours pour se laisser imprégner de la vie quotidienne d’autrefois.

L’imaginaire flinois, entre mémoire et transmission

Qu’ils soient héros locaux, figures légendaires ou simples silhouettes dans la brume, les personnages de Flines-lez-Mortagne forment un peuple invisible auquel chacun peut s’identifier. Ils incarnent une partie de nos peurs, de nos espoirs, de notre capacité à rêver et à se raconter.

  • La Dame Blanche demeure un écho discret dans les veillées d’automne.
  • L’abbé Grégoire incarne le courage tranquille, la force de l’engagement silencieux.
  • Le « Grand Joseph » et le maître Fily rappellent la noblesse du labeur, la beauté du savoir et de la transmission.

Aujourd’hui, lors des fêtes patronales ou simplement au détour d’une balade, il arrive qu’un habitant évoque, à mi-voix, ces visages emblématiques. Ce sont eux qui donnent au village sa profondeur, sa poésie, son authenticité. En arpentant Flines, chacun peut à son tour devenir le passeur d’un récit, petit ou grand.

Conseil pratique : Pour explorer la mémoire vivante de Flines-lez-Mortagne, n’hésitez pas à participer aux visites guidées du patrimoine, organisées tous les premiers samedis du mois d’avril à octobre (renseignements en mairie ou à l’office de tourisme de Saint-Amand-les-Eaux).

Partir à la rencontre de ces légendes, c’est s’ouvrir à un autre rythme, celui de la parole partagée, de la rêverie et de l’écoute. Peut-être, au détour d’un sentier ou d’un récital de la chorale, entendrez-vous à votre tour vibrer la voix d’une figure du passé…

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