Où chercher les traces ? Balade dans les quartiers héritiers des cités ouvrières
Si Flines-lez-Mortagne n’a pas connu de cités massives comme celles de Denain ou Aniche, plusieurs ensembles subsistent et racontent à leur façon cette histoire discrète.
La "Cité de la Briqueterie" : l’alignement des mémoires
Située au sud du village, près du chemin du Bois, la cité de la Briqueterie a été construite pour loger les ouvriers de l’usine voisine. Une quinzaine de maisons, toutes semblables, alignées telle une procession : briques rouges, toits deux pentes, petites fenêtres à linteau de pierre blanche. Quelques détails distinguent encore ces façades : poignées savamment forgées, chiffres gravés à même le linteau supérieur, souvenirs d’une époque où chaque maison portait l’empreinte de ses premiers habitants.
Aujourd’hui, on s’y promène presque sans bruit, si ce n’est celui du vent entre les jardins encore cultivés.
Informations pratiques : pour découvrir ce quartier, longez le chemin du Bois — stationnement facile devant l’ancienne entrée de la briqueterie. Attention, certaines maisons sont encore habitées : respectez la tranquillité des habitants.
La rue d’Ostrevant et le lotissement "des Ouvriers"
Plus à l’est, aux abords de la route d’Ostrevant, on trouve un autre témoin discret du passé ouvrier : un ensemble de maisons mitoyennes, construites peu après la Première Guerre mondiale. Ces habitations, financées par la société Plichon (un nom familier dans la région, lié aux filatures de Saint-Amand-les-Eaux), s’organisent en rangées serrées. On y retrouve tous les codes des cités nordistes :
- Porte cochère commune, souvent repeinte à la chaux
- Patio arrière pour un jardin potager
- Briques parfois patinées par le temps, bandes de briques claires soulignant les fenêtres
- Les petites tuiles rouges, parfois difficilement remplacées — la marque du temps qui passe
Ce quartier a particulièrement bien résisté au passage du temps. Il suffit de s’y promener un dimanche matin pour sentir, derrière les rideaux de dentelle, un parfum d’entraide et de lent rituel.
Des détails à ne pas manquer : indices d’un passé ouvrier
- Les ruelles perpendiculaires, tracées au cordeau, pour permettre à chaque famille un accès direct à la rue (et donc au travail)
- Les anciens puits, aujourd’hui condamnés, qui alimentaient plusieurs rangées en eau potable
- Les "pavés ouvriers", plus fins et réguliers que ceux des axes principaux, posés pour limiter le bruit et la poussière devant les maisons
- Les inscriptions en faïence émaillée ou en fonte — parfois effacées, mais encore visibles sur certaines portes ("Maison n°8 – Famille Lefèvre", vestiges de la tradition d’identification personnalisée)
Ce sont ces petits signes, glanés au fil de la balade, qui maintiennent la mémoire vivante.