Sur les pas de la Grande Guerre à Flines-lez-Mortagne : des souvenirs à fleur de terre

22/12/2025

Imaginez… marcher là où l’Histoire a laissé ses empreintes

Imaginez un matin frisquet, la brume qui s’attarde le long de la berge, et vos pas qui résonnent sur une route autrefois foulée par des soldats en vareuse bleu horizon. Ici, à Flines-lez-Mortagne, le silence de la campagne dissimule encore les murmures d’une époque heurtée. Car si notre village s’épanouit aujourd’hui entre rivières, champs ondulés et petites fermes, il porte aussi, en filigrane, les traces d’un conflit mondial qui a bouleversé la région toute entière.

Suivons ensemble ce chemin de mémoire pour découvrir, concrètement, ce qu’il reste ici de la Première Guerre mondiale. Entre monuments, anecdotes, et fragments de paysages marqués à jamais, le passé refait surface pour qui veut bien l’écouter.

Flines-lez-Mortagne pendant la Première Guerre mondiale : un carrefour discret mais stratégique

Pendant la Grande Guerre, Flines-lez-Mortagne n’était ni Verdun ni Arras, et pourtant, la guerre y a imprimé sa marque de façon profonde. Petits villages du Pas-de-Calais et du Nord, comme Flines, ont vécu sous occupation allemande dès le début du conflit en 1914. Notre village, situé à proximité de la Scarpe et de la frontière belge, offrait une position stratégique pour les mouvements de troupes, mais aussi un refuge discret dans un paysage de campagne.

  • Près de 1,3 million d’habitants du Nord et du Pas-de-Calais sont alors soumis à l’occupation allemande (source : Association Pour l’Histoire, après1918.fr).
  • Des civils réquisitionnés pour des travaux de force, des fermes vidées de leurs récoltes, des familles séparées ou déplacées.

La Grande Guerre, ici, s’est vécue dans la discrétion, mais elle s’est inscrite durablement dans le destin des habitants. De cette période, que reste-t-il aujourd’hui ?

Le monument aux morts : mémoire de pierre au cœur du village

C’est place du village, près de la mairie, que le principal témoin du conflit d’hier veille sur les générations de Flinois et Flinoises venues après. Le monument aux morts, érigé dès 1922, dresse ses lignes sobres et émouvantes : il n’est pas très grand, mais chaque nom que l’on y lit est une histoire, un jeune tombé trop tôt, parti loin de son village pour défendre une France meurtrie.

  • Il recense 23 noms de soldats flinois morts pour la France entre 1914 et 1918.
  • Les cérémonies du 11 novembre y rassemblent encore aujourd’hui les familles, enfants et anciens venus raviver la flamme du souvenir.

Détail touchant : certaines familles entretiennent année après année la présence de leurs proches dans la mémoire collective, déposant fleurs et petits galets peints lors des commémorations.

À savoir : Le monument est librement accessible, et constitue l’un des points de départ de promenades historiques dans le village. Un QR code a été apposé récemment, renvoyant à une fiche explicative disponible sur le site de la commune (flineslezmortagne.fr).

Les tombes des soldats dans le cimetière communal : des histoires à hauteur d’homme

Le grand portail vert du cimetière s’ouvre, et l’on retrouve, entre les allées de buis, quelques stèles militaires portant la cocarde bleu-blanc-rouge. La plupart sont ornées d’une simple croix ou d’un médaillon. Ces tombes témoignent directement de la guerre : on y découvre les noms de jeunes hommes tour à tour tués au front, disparus, ou morts dans les hôpitaux d’évacuation installés non loin en 1918 alors que la ligne de front se rapprochait.

  • Antoine Descamps (1896-1917), tombé au Chemin des Dames, inhumé ici sur la demande de sa mère, revenue à Flines après la guerre.
  • Quelques carrés britanniques subsistent, très discrets, vestiges des troupes alliées venues jusqu’ici lors des derniers mois du conflit, dans la phase de libération.

Chaque automne, des bouquets de bruyère viennent colorer ces pierres, perpétuant un usage local autant qu’un acte de mémoire.

L’école, la mairie… et les murs qui parlent

Passons devant l’école Jules Ferry, bâtisse de brique où les enfants d’aujourd’hui jouent dans la cour. Les anciens se souviennent qu’en 1918, ce lieu servait de point de rassemblement pour les distributions de vivres, mais aussi, ponctuellement, de poste de secours lors des combats d’arrière-front. Les archives municipales mentionnent la présence de brancardiers et la réquisition temporaire de salles (archivesdepartementales.lenord.fr).

Même la mairie a sa part de souvenirs : en sous-sol, lors de travaux dans les années 1970, des habitants ont retrouvé du matériel d’époque (casques abîmés, fragments de gamelles, insignes), laissé là sans doute lors du repli des troupes allemandes en 1918.

  • Les objets sont conservés aujourd’hui par la commune et parfois exposés lors des Journées du Patrimoine.

Le passage de la Scarpe et le souvenir des ponts détruits

Impossible d’évoquer la Première Guerre mondiale sans parler de la Scarpe, rivière familière et pourtant si stratégique. Durant la guerre, plusieurs ponts ont été détruits pour ralentir la progression ennemie ou gêner les mouvements de troupes. Il subsiste encore, en aval du village, les vestiges d’un ancien pont de bois, que l’on devine à quelques pieux moussus dépassant de la berge, visibles surtout lors des basses eaux.

  • Des témoignages oraux recueillis par l’assocation histoire locale font état de passages clandestins, localement appelés les “voies du passeur”, utilisés par des résistants ou des habitants cherchant à rejoindre la famille en Belgique voisine.

Une pause sur ces berges, le soir au coucher du soleil, laisse parfois apparaître un étrange frémissement de l’eau : serait-ce la mémoire des évènements, ou simplement l’écho du vent entre les roseaux ?

Souvenirs oraux et traditions locales : la petite histoire dans la grande

À Flines, bien des familles possèdent une mémoire à la première personne, héritée de récits racontés au coin du feu. Les histoires circulent encore : celles de l’appel restreint, quand, dès 1914, des hommes du village ont été raflés pour travailler sur les routes et les fermes au bénéfice de l’occupant ; ou encore celle de la “fameuse traversée de la Scarpe”, quand un Flinois, parti chercher du pain, est revenu, au prix de mille ruses, en passant par les bois.

  • Certains noms de lieux ont aussi évolué : une clairière est surnommée aujourd’hui encore la “Plaine des Anglais”, en référence au stationnement d’un détachement britannique durant la retraite de 1918.
  • Le café du centre, La Belle Meunière, conserve dans ses tiroirs de vieilles lettres où l’on reconnaît l’écriture hésitante de poilus flinois (lettres parfois exposées lors d’événements scolaires).

S’arrêter dans le village, c’est donc toujours un peu toucher du doigt cette histoire vivante — celle que l’on se transmet ou que l’on redécouvre au hasard d’une conversation.

Balades mémorielles et découverte : marcher dans les pas du passé

Pour celles et ceux qui souhaitent explorer ces traces, il existe aujourd’hui un parcours mémoriel jalonné de huit étapes, balisé autour du centre et des abords de la Scarpe. Chaque étape, repérable par une borne illustrée, présente une anecdote ou un fait précis lié à la guerre :

  1. Le monument aux morts : explications et liste des noms.
  2. La cour de l’école : souvenir des réquisitions et du poste de secours.
  3. Le cimetière : stèles militaires.
  4. La place du marché : centres de distribution alimentaire.
  5. L’ancien site du pont sur la Scarpe.
  6. Ferme Delecroix : lieu de réquisition de chevaux.
  7. Ruelle des Sablières : anecdotes de résistance et de passages clandestins.
  8. Clairière dite Plaine des Anglais.

Le parcours est accessible toute l’année, sans réservation, et détaillé sur le plan disponible à la mairie et sur le site internet de la commune.

  • Conseil pratique : Prévoir de bonnes chaussures en automne et hiver, certaines portions longeant la Scarpe peuvent être boueuses.
  • Des animations scolaires et ateliers mémoriels sont organisés chaque année lors de la semaine du 11 novembre, avec la participation d’associations locales de reconstitution.

Les vestiges cachés : ce que la terre livre encore…

Certains habitants vous le raconteront : au détour d’un labour ou au fond du vieux cabanon, il n’est pas rare de voir surgir une cartouche rouillée, un médaillon ou un éclat d’obus. Les champs autour de Flines gardent ce souvenir tenace de la guerre dite “des tranchées”, même si le village n’a jamais vu de véritables combats dans ses rues.

  • Des équipes de déminage interviennent encore ponctuellement (Source : Préfecture du Nord).
  • Il est expressément recommandé de ne jamais manipuler ces objets et de prévenir la mairie ou la gendarmerie.

C’est là tout le paradoxe de nos campagnes : le passé affleure à la surface, invité imprévu d’une promenade ou d’un après-midi jardinage.

Ouvrir le regard : pourquoi se souvenir à Flines-lez-Mortagne ?

Marcher à Flines, c’est avancer sur un sol chargé d’histoires. La Grande Guerre, même si elle semble lointaine, résonne dans les murs, les noms, les paysages. Les traces visibles — monument, tombes, vestiges de ponts — ne sont que la partie apparente d’un héritage tissé de souvenirs oraux, de traditions locales et de familles marquées.

Redécouvrir ces empreintes, c’est non seulement honorer celles et ceux qui ont traversé le tumulte d’il y a plus d’un siècle, mais aussi rappeler à chacun combien la paix quotidienne, ici sur les bords de la Scarpe, est précieuse. Cela donne à Flines-lez-Mortagne une dimension unique, à la fois paisible et profondément ancrée dans la grande histoire.

Pour celles et ceux qui aiment marcher, observer et écouter, Flines reste un territoire “où la mémoire se promène”, pour reprendre l’expression d’un ancien instituteur du village. Chacun y trouvera, au détour d’un chemin ou d’une histoire partagée, une bribe d’humanité empreinte de l’expérience de la Grande Guerre et de cette force modeste qui, d’un village à l’autre, façonne notre Nord.

En savoir plus à ce sujet :