Sous la bannière des âges : Processions et pèlerinages à Flines-lez-Mortagne

21/11/2025

Quand le passé marche avec nous : repères historiques

À Flines-lez-Mortagne, la tradition des processions et des pèlerinages n'est pas une simple survivance d'un autre temps : elle est le fil rouge de la mémoire collective. Dans ce coin du Hainaut, le Moyen Âge a laissé son empreinte sous forme de dévotions populaires. Dès le XIIe siècle, nos ancêtres participaient à ces marches qui reliaient l'église du village aux chapelles environnantes ou aux lieux dits réputés pour leurs miracles.

La plus ancienne procession documentée dans notre village monte à l’époque où la puissante abbaye de Flines accueillait les cisterciennes. Une institution fondée en 1234, qui rayonnait sur toute la région (source : Wikipedia - Abbaye de Flines). Selon les chroniques, les moniales menaient chaque année une grande procession le 15 août, pour l’Assomption, en l’honneur de la Vierge Marie, protectrice du village.

Les processions d’aujourd’hui : un rendez-vous entre ciel et terre

Les dates-clés :

  • L’Assomption (15 août) : traditionnellement, la plus grande procession. La statue de la Vierge, souvent portée par quatre paroissiens, quitte l’église Saint-Martin et arpente les rues principales, suivie par des habitants venus parfois de tout le Valenciennois.
  • Sainte-Geneviève (2 janvier) : une marche plus discrète, mais chargée d’émotions pour les familles bénéficiant du pain bénit, une coutume propre à Flines.
  • La procession Eucharistique du mois de juin : un cortège bucolique jusqu’à la chapelle Saint-Roch, marquant la fin des Rogations, moments forts du printemps.

Le parcours évolue avec le village : entre les lotissements récents et les fermes anciennes, le chemin garde toutefois sa signification originelle – relier les habitants, bénir terres et moissons, remercier pour les récoltes, ou implorer la fin des calamités.

Gestes, chants et symboles : l’âme d’un patrimoine vivant

Les processions ne seraient rien sans leurs rites et leurs couleurs :

  • Les bannières : brodées par des générations de mains patientes, elles portent les images de saints locaux, du Christ ou de la Vierge ; certaines datent du XIXe siècle et sont exposées lors des fêtes patronales.
  • Les chants : chaque étape donne lieu à des prières en picard ou en français. Jusqu’aux années 1950, les enfants de chœur chantaient encore “Vierge de Flines, protège-nous, veillingue sus nos famîles !”, un air recueilli par l’Institut de la langue régionale.
  • Les haltes : chez l’habitant, ou devant un calvaire, ces pauses proposent eau de vie, pain bénit ou biscuits, autant de petits rituels gourmands qui font l’ADN du partage rural.

Dans l’imaginaire local, chaque objet, chaque geste, est porteur de sens : on pose par exemple encore un brin de blé sur la bannière pour inviter l’abondance, ou un ruban bleu pour protéger les enfants en bas âge.

Les pèlerinages : chemins d’ailleurs et chemins d’ici

À Flines, le mot “pèlerinage” résonne différemment selon les générations. Certains se souviennent d’avoir marché jusqu’à Notre-Dame de Bonsecours, à Condé-sur-l’Escaut, à plus de 10 kilomètres, portant une offrande ou glissant un “voeu” sous le coussin de la statue miraculeuse. D’autres se remémorent les cars bondés du jeudi de l’Ascension, quand tout le village gagnait Maroilles ou Le Quesnoy.

Quelques destinations populaires depuis Flines-lez-Mortagne :

  • Notre-Dame de Bonsecours (Condé-sur-l’Escaut) : à 12 km du village, ce sanctuaire accueille encore aujourd’hui plusieurs centaines de pèlerins chaque année, témoignant d’une foi populaire persistante (source : Petit Patrimoine).
  • Sainte-Rictrude à Marchiennes : autre sanctuaire renommé, qui attire chaque été des marcheurs souhaitant recevoir la bénédiction des reliques.
  • Pèlerinage local à la chapelle Saint-Roch : chaque printemps, les familles déposent un bouquet ou une petite croix fabriquée maison, perpétuant le vœu médiéval de protection contre la peste et les épidémies.

Dans les années 1930, jusqu'à 30 % des habitants du village participaient à ces pèlerinages, selon les registres paroissiaux. Aujourd'hui, le phénomène est moins massif mais reste ancré dans le calendrier. Les associations de quartier, comme “Les Amis du Patrimoine”, remettent peu à peu au goût du jour ces randonnées spirituelles, en mélangeant marche, découverte de la nature, et pause mémoire autour des fontaines miraculeuses.

Anecdotes et souvenirs d’antan

  • Le pain bénit du Nouvel An : pendant longtemps, les familles désignaient un porteur qui rapportait à la maison une miche bénie à l’église, réputée écarter la maladie et la disette. L'année 1914 fut marquée par une affluence record, la peur de la guerre rendant la coutume particulièrement vive (source : Archives départementales du Nord).
  • Les petits “miracles” du chemin : lors de la procession du 15 août 1952, une pluie torrentielle menaçait de gâcher la fête. En chemin, alors que la file atteignait le second calvaire, le ciel se serait miraculeusement dégagé “juste assez longtemps pour chanter le salut”, selon un témoignage consigné dans le bulletin paroissial.
  • La “relève” des bannières : jadis, seuls les élus du village ou les anciens agriculteurs portaient les bannières. Depuis 2018, il n’est pas rare de voir les enfants et adolescents prendre le relais, preuve d’un renouveau, tout en perpétuant la fierté locale.

Conseils pratiques pour vivre ces traditions à Flines-lez-Mortagne

  • Venir en famille : les processions suivent des circuits accessibles, variant de 2 à 5 km selon les années. Des points de ravitaillement sont souvent prévus chez les habitants ou devant la salle des fêtes.
  • Horaires : les grands rassemblements, en particulier le 15 août, débutent en général à 10h30 à la sortie de la messe, devant l’église Saint-Martin.
  • Équipement : Prévoir de bonnes chaussures, un chapeau, et, suivant la tradition, une petite fleur pour la chapelle Saint-Roch ou la Vierge.
  • Photographier, dessiner, raconter : le respect du cortège reste la règle, mais rien n’empêche de capter l’émotion ou de transmettre les souvenirs – la mémoire du village se construit aussi de photos partagées ou de dessins colorés.

Enfin, n’hésitez pas à vous renseigner auprès de la mairie ou du presbytère : le calendrier détaillé des processions et pèlerinages, ainsi que les anecdotes contées par les plus anciens, sont souvent affichés quelques semaines avant les grands événements.

L’esprit de partage : une tradition qui se réinvente

Au fil des années, Flines-lez-Mortagne n’a jamais cessé de mêler rituels ancestraux et adaptation. Les processions restent des moments où l’on se retrouve, croyant ou simple curieux, attaché aux mêmes sentiers qui sinuent entre Scarpe et campagne.

Sous le soleil ou dans la brume d’un matin d’août, il suffit d’un pas pour entrer dans la danse patiente des siècles. Chaque procession, chaque pèlerinage, prolonge l’histoire, donne un souffle nouveau à la mémoire, et inspire à qui veut un regard autre sur le village et ses paysages.

Alors, la prochaine fois que vous croiserez une bannière au détour d’une rue ou que vous entendrez s’élever un chant dans le vent, prenez le temps de vous arrêter… et laissez-vous porter par la saveur d’une tradition aussi vivante qu’un champ fraîchement fauché.

Sources : Archives départementales du Nord | Bulletin paroissial de Flines | Documentation patrimoine Nord-Pas-de-Calais | Wikipedia (Abbaye de Flines) | Petit Patrimoine

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