Voyage au cœur des traditions vivantes de Flines-lez-Mortagne

02/03/2026

La fête du village : une histoire de transmission

À Flines-lez-Mortagne, un des temps forts du calendrier reste la traditionnelle fête communale de la Saint-Léger, patron du village, ancrée dans la mémoire collective depuis plusieurs générations. C’est le deuxième week-end d’octobre que la fête bat son plein, entre la place du village et les venelles ombragées. On y retrouve tout ce qui fait le sel d’une vraie fête de village du Nord :

  • La ducasse : manèges colorés, stands de pêche aux canards, friterie et barbe à papa. D’après les archives municipales, la première mention officielle de la ducasse remonte à 1843. Elle s’est poursuivie sans interruption, hormis lors des deux guerres mondiales.
  • Le bal populaire : organisé dans la salle communale, il réunit chaque année plus de 200 habitants. Accordéon, musette, valses... on danse, parfois jusqu’au petit matin, sur des airs qui traversent les générations.
  • Le concours de tartes : on y ramène sa plus belle recette familiale, souvent à la rhubarbe ou à la vergeoise, pour être jugé par un jury d’anciens du village. Il paraît même que la clef d’une bonne tarte, c’est un soupçon de cassonade brune tout droit venu de la frontière belge.

Ce sont des moments de rencontre, où l’on évoque les souvenirs d’anciens, où les petits apprennent par l’exemple, la saveur du vivre-ensemble. La fête du village, loin d’être une vieille relique, reste le pouls du village, où se mêlent rires, retrouvailles et traditions transmises.

La procession de la Saint-Léger : foi, histoire et convivialité

Chaque automne, le dimanche de la fête communale, une procession s’ébranle depuis l’église Saint-Léger, joyau gothique reconstruit au XVIIIe siècle. La tradition n’a jamais vraiment disparu : même les enfants aujourd’hui goûtent à ce rituel, flambeaux en main et yeux écarquillés.

  • On porte en cortège la statue polychrome de Saint Léger, protecteur du village, allant de la place jusqu’aux rives de la Scarpe. Jadis, chaque quartier du village décorait ses fenêtres de draps blancs, et jetait des pétales sur le chemin de la procession.
  • Aux dires des plus âgés, il n’est pas rare qu’à l’issue de la marche, une tablée s’organise spontanément dans la cour d’une maison : pain, fromage, bière blonde locale. On savoure autant la chaleur humaine que la ferveur populaire.

Ce type d’événement, fréquent dans tout le Hainaut, est reconnu comme élément du “patrimoine culturel immatériel” (source : Ministère de la Culture, culture.gouv.fr).

Les saveurs flinoises : un patrimoine sur la table

Impossible d’évoquer les traditions locales sans parler gastronomie. À Flines-lez-Mortagne, chaque fête ou réunion est prétexte à dérouler les recettes transmises de main en main :

  • La flamiche au maroilles : une pâte briochée, beaucoup de maroilles, un peu de crème, cuite au four à bois. Plusieurs familles gardent jalousement leurs “dosages” secrets.
  • Le potjevleesch : ce plat flamand d’origine médiévale est fréquenté lors des repas associatifs. Un mélange de viandes (poulet, lapin, porc), pris en gelée, servi avec des frites maison.
  • Le Gâteau battu : spécialité sucrée voisine de la Picardie, à la mie aérienne, souvent partagé lors des communions et des mariages.

À la mi-juin, on croise encore sur le marché de la place des producteurs locaux des fromages bien de chez nous, de la bière brassée à moins de cinq kilomètres (Brasserie du Cateau, brasserie de Saint-Amand-lez-Eaux).

Les veillées et les “journées du patrimoine rural”

Si les longues veillées d’antan, où l’on se retrouvait à la lueur de la cheminée pour conter légendes et anecdotes, n’ont plus tout-à-fait cours avec la télévision... la tradition survit ! Au printemps, la Médiathèque municipale (ouverte les mercredis et samedis après-midi) organise une soirée “Contes du village”. Chaque année au mois de septembre, lors des Journées européennes du Patrimoine, il n’est pas rare que des anciens de Flines fassent visiter bénévolement l’église, ou proposent une balade commentée vers l’ancien moulin et la chaussée Brunehaut. Cela attire aussi bien les familles flinoises que les visiteurs curieux venus d’Orchies ou de Valenciennes (près de 120 participants en 2023, selon la mairie).

On y médite sur la vie rurale d’autrefois, sur la transmission des gestes, des mots et des histoires. Les enfants se régalent quand une grand-mère évoque le “lut” — le lutin qui habitait autrefois les greniers, farceur patenté et terreur des poules ! L’imaginaire est bien vivant.

La kermesse des écoles et la tradition des jeux flamands

À Flines-lez-Mortagne, la kermesse des écoles qu’animent les associations de parents d’élèves a gardé tout le charme des récréations d’autrefois. Non seulement la kermesse sert à financer les sorties scolaires, mais elle cultive aussi le goût du jeu d’équipe et de la malice.

Chaque mois de juin, dans la cour de l’école, résonnent les rires au rythme de :

  • La bourle : jeu traditionnel de boules plates en bois, typique du Nord, joué sur une piste incurvée de sable. À Flines, deux pistes sont encore reconstituées exprès, et les règles changent parfois selon les quartiers ! (Source : Tourisme Nord).
  • Jeux de corde : tirer la corde, sauter à la corde, concours de corde à sauter... Autant de jeux à l’accent du nord, où l’on mêle adresse et fous rires collectifs.

Ces jeux sont plus qu’un passe-temps : une petite fabrique de souvenirs, où les générations se mêlent et se parlent.

Clins d’œil au quotidien : expressions, dictons et petites superstitions

Si l’on tend un peu l’oreille dans les rues du village, on capte encore au hasard de la balade ces expressions fleuries, échos d’un parler franc et sincère :

  • “Ti prends d’la bise, t’auras l’nez rouge !”
  • En parlant d’une météo capricieuse : “Ch’ fait ni y wawar, ni y péto!”
  • Plus local encore, le surnom “Flandres” reste parfois utilisé pour signifier qu’un coin du village est “hors vent”, abrité…

Les anciens racontent aussi que, pour la Sainte-Catherine (25 novembre), il ne faut surtout pas “remuer la terre” sous peine de geler les semis. Ou que déposer une pièce sous la première miche de l’an neuf porte bonheur à la famille.

Mémoire et transmission : un patrimoine bien vivant

Les traditions populaires à Flines-lez-Mortagne ne sont pas figées dans le passé. Elles vivent dans les fêtes et les rencontres, sur les nappes en vichy, dans la farine d’une tarte ou le parfum d’une bière locale partagée entre amis. Elles circulent dans les jeux d’école, les processions colorées, les veillées au coin du feu ou les balades sur les chemins de halage.

Ces traditions s’adaptent bien, évoluent sans rompre le fil avec hier. Et c’est sans doute là, dans cette capacité à vivre “avec” et “au présent”, que réside le cœur battant de Flines-lez-Mortagne. Pour peu qu’on sache lever les yeux, tendre l’oreille, ou pousser la porte d’un bal populaire, on découvre un patrimoine vivant, où chaque habitant est à la fois gardien et passeur.

Sources : Archives municipales de Flines-lez-Mortagne, portail culture.gouv.fr, médiathèque municipale, Tourisme Nord.

En savoir plus à ce sujet :